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Brocanteuses nouvelle génération : elles chinent puis revendent en ligne

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Alors que marché de l’occasion n’a jamais été aussi porteur (pour des raisons d’économie et d’écologie), de nombreuses fans de décoration et de vintage sont tentées de lancer leur affaire. Dans le sillage de Selency, la success story du secteur, ces entrepreneuses modernisent et digitalisent les métiers d’antiquaires et de brocanteurs. Rencontres.  

On est bien loin de Louis la brocante. Ce personnage de téléfilm, la soixantaine bien tassée, parcourant la région lyonnaise au volant de son vieux fourgon Citroën. Elles s’appellent Camille, Chloé et Anaïs, sont âgées de 28, 33 et 36 ans. Et comme de nombreux membres de la génération Y, elles ont entrepris une reconversion professionnelle. Fini les jobs de salariées dans les start-ups ou le journalisme. Les voici à leur compte, principalement sur Instagram, à vendre des assiettes anciennes pour la première, une sélection d’objets anciens pour la deuxième, et du “kitsch cool décalé” pour la troisième.  

Le déclic

 “C’est en chinant des assiettes vintage pour mon mariage, que j’ai constaté qu’il y avait beaucoup de pépites dans les vide-greniers”, raconte Camille, diplômée d’une école de commerce, qui a officié dans le conseil en stratégie. Alors qu’elle s’ennuie dans son boulot, elle lance (en “side project”) un compte amateur pour y revendre de la vaisselle. “Je me suis seulement fixé pour règle de poster une photo par jour. Un an plus tard, ça a pris de l’ampleur, et suite à une rupture conventionnelle, je m’y consacre à plein temps”.

Pour Chloé, la chine est une vieille passion. Occasionnellement, cette Parisienne travaillait pour des ateliers de scénographie. “On me missionnait pour acheter des objets pour des expos ou des pop-up stores”, précise-t-elle. C’est l’arrêt du magazine féminin dans lequel elle exerce en tant que secrétaire de rédaction, qui la pousse à monter son business d’insta-brocanteuse en ce début d’année 2021. 

Mini Guide Leader

https://www.instagram.com/p/CKi_BbMACDQ/

D’inspirants modèles

Forcément, c’est (aussi) en voyant d’autres se lancer et réussir dans la brocante en ligne, qu’une émulation se crée. Également passée par la presse féminine, Anaïs a accumulé au fil des ans des kitscheries (peluches flashy, tirelires animaux, vases en cristal..), parfois devenues des icônes de la pop culture (jouets Mickey, Disney, Barbies, Polly Pocket). Avant de découvrir, que des internautes bien chanceux en vivaient : “En 2017, je tombe sur le compte d’ @Instachineuse, je lui achète un milliard de trucs, avant de me décider à revendre à mon tour”. LanaBrocante naît en juin 2018. 

Même enthousiasme pour Camille qui admire, elle, le compte Blanche_Patine (20k), la référence sur Instagram en matière d’assiettes anciennes : “Elle fait ça de façon très pro et dispose même d’un local à Paris”. Chloé aussi a ses petits chouchous : une place pour chaque chose (20,4 k), une Nantaise, “qui chine plein de petits objets, tout en donnant des tips pour les réparer”. Mais aussi La pagaille De Lulu (41, 8 k), pour “son univers tendre”. Et des comptes très “léchés”, comme La Lune décoration (12,7 K) ou la Sélection M (32,5 k). 

Des “petits” souvent spécialisés, à l’instar de Pamono (10,2 k), spécialiste des “objets au design originaux” ou de Nicolas Legendre, plébiscité pour son mobilier d’inspiration scandinave. Ils co-existent aux côtés de mastodontes généralistes, tels que Le Bon Coin, Ebay, Etsy ou Vinted (pour les vêtements vintage). Sans oublier Selency (177 k), la marketplace leader du marché du mobilier et de la décoration d’occasion. Créée en 2014 sous le nom de Brocante Lab, la plateforme affichait 15 millions de ventes en 2019. Contrairement aux autres sites de petites annonces, les objets y sont sélectionnés, tous n’y sont pas acceptés. 

La curation et la digitalisation, au cœur du métier

En ces temps d’épidémie, les vides-greniers (annulés) ne sont plus la première source d’approvisionnement. En attendant un retour espéré à la vie normale, c’est désormais dans les ressourceries, chez Emmaüs ou sur Le Bon Coin, que les néo-brocanteuses dénichent leurs trouvailles. Leur raison d’exister, c’est de faire de la curation pour des gens qui n’auraient ni le temps, ni l’idée. Ou qui ne verraient pas le potentiel de tel ou tel objet. Surtout quand ils sont noyés dans la masse. 

Après ce travail de recherche, la digitalisation est un passage obligé. En l’absence de boutique IRL, Instagram offre une vitrine virtuelle, ouverte en 5 minutes chrono. Reste ensuite à se faire rémunérer via Paypal, Lydia, ou Pumpkin. C’est facile, mais très chronophage, nous explique Anaïs. “Il y a des heures bien particulières, souvent le soir, pour que le post soit vu par un maximum de monde. Tu passes beaucoup de temps à répondre aux commentaires, aux messages de gens voulant négocier, … puis qui ne répondent plus. Si bien qu’après 3 ans, je travaille sur un site pour d’automatiser les commandes”. Rentrer chaque fiche produit est une tannée, mais Anaïs se fait aider par ses copines. 

Le business modèle

L’enjeu pour en vivre, c’est de réussir à fixer le juste prix des objets. Histoire de s’assurer une marge, prenant en compte les charges et le temps passé à chiner, à faire les photos, à répondre aux messages… Pour commencer, il faut déjà acheter à bas prix, donc à des particuliers, car les professionnels vendront déjà à prix haut. Trouver le bon positionnement tarifaire est essentiel, pour éviter l’effet flop, nous explique Chloé. “Avec des tarifs trop élevés, les gens ont l’impression de se faire avoir, ce n’est pas du tout l’effet recherché. Dans les représentations que l’on se fait de la brocante, il faut que cela reste accessible, que les gens aient l’impression de faire une bonne affaire”

La situation est parfois délicate pour Anaïs, qui rachète parfois des objets à sa communauté, avant de les revendre. “Au départ, je me sentais hyper mal, me disant que le vendeur verrait le nouveau prix. Mais maintenant, j’essaie de déstresser, de me dire que c’est mon boulot, et qu’il mérite salaire”. D’autres sources de revenus potentiels sont également avancées par Chloé : le sourcing pour les professionnels de l’événementiel, pour les tournages, ou des missions de “personal shopper” pour trouver LA pièce recherchée spécifiquement par un client.

L’écologie, en bonus

Si autant de comptes d’Insta-brocanteurs se créent, c’est que le secteur de l’occasion et de la seconde main est porteur. En dix ans, ce marché a doublé en France.  “Pourquoi acheter des assiettes neuves, alors qu’il y a des trésors un peu partout ?”, se questionne Camille. “L’ancien, ça a tellement plus d’âme que d’avoir la même vaisselle que ses potes : du Ikea, Monop ou Maison du monde.” Au-delà de la tendance, de l’opportunité professionnelle, c’est aussi pour Camille un moyen d’inscrire sa reconversion dans un projet de vie plus écolo : “Dans mon quotidien perso déjà, tout ce qui entrait chez moi venait d’Emmaüs ou du Bon Coin”. Même velléité chez Chloé, qui dit acheter de moins en moins de neuf. Notamment pour ses enfants, pour qui elle s’approvisionne et revend sur Vinted. 

https://www.instagram.com/p/CKeB85LlgFt/

Le casse-tête du stockage

Principale contrainte des néo-brocanteuses ? Le stockage. Surtout quand on vit à Paris, et dans de petites surfaces. Ce n’est donc pas par hasard que La Malle de Chloé ne commercialise que des petits objets : “Rien que les rouleaux de papier bulle, de kraft, les cartons (que je prend recyclés), l’imprimante dans laquelle investir pour les bordereaux, c’est un business très encombrant !”. Chez Camille, c’est la chambre d’amis qui a été transformée en lieu de stockage. 

Dans l’est de Paris, le 27 m2 d’Anaïs est lui aussi noyé sous les vêtements vintage, les tableaux Mickey, les peintures naïves et les Barbie 90’s… Son objectif pour 2021 ? Prendre un local dans un atelier, afin de stocker ses merveilles et d’y gérer les envois. Et pourquoi pas même, se permettre le luxe de recruter un stagiaire, maintenant qu’elle a appris que les auto-entrepreneurs peuvent y avoir recours. L’employé numéro 1 d’une future entreprise à succès, qui sait ?

Pauline Pellissier

https://www.instagram.com/p/CJZf_VtAs5N/

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