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Le job crafting ou l’art de devenir l’artisan de son plaisir au travail

job crafting
Alors que tout le monde souhaite aujourd’hui accéder au « bonheur au travail », certains spécialistes s’élèvent contre cette notion galvaudée qui, de surcroît, confère souvent toute la responsabilité au management. C’est le cas de Sylvaine Pascual, coach de renommée dans l’hexagone. La spécialiste lui préfère celle de « plaisir dans le travail » qui suppose de s’épanouir dans le travail et non pas autour du travail. Parce qu’aucun emploi ne rend heureux en soi, et que les leviers de motivation sont propres à chaque individu, elle nous propose de devenir l’artisan de notre propre plaisir au travail, une notion conceptualisée autour de l’expression « job crafting » à laquelle elle consacre un ouvrage cette rentrée.

 

Non, aucun job n’est parfait. En témoigne le ballet des reconversions professionnelles où certains fuient un travail quand d’autres décident de s’y jeter à corps perdu. « C’est en effet une véritable illusion car les leviers de plaisir, de motivation et de sens sont profondément individuels », lance Sylvaine Pascual, auteure de « Job crafting » (éditions Vuibert). C’est pourquoi, à travers 10 séances d’autocoaching, elle nous propose de (re)trouver le plaisir dans le travail. Un ouvrage qui ne s’adresse pas uniquement aux personnes qui envisagent de tout plaquer, mais aussi à celles qui sont relativement satisfaites dans leur vie professionnelle et qui désirent simplement l’améliorer. Plutôt que de penser reconversion, il s’agirait déjà d’explorer tous les petits changements pouvant être opérés dans notre job actuel, sans attendre l’aval du management.

Oser repenser son métier

L’ouvrage concerne également les entrepreneurs afin qu’ils osent eux-aussi se questionner sur leur propre plaisir au travail et se détacher du « pseudo réalisme fataliste » supposant qu’il est obligatoire de trimer 80H par semaine pour réussir dans les premières années. « Finalement, les entrepreneurs restent souvent dans des modalités très normées d’exercice de leur métier. Pourtant, il est important d’implémenter du plaisir dans son quotidien, et je ne parle pas d’une table de ping pong. Autrement, la fatigue arrive très vite », soutient Sylvaine Pascual.

Mini Guide Reconversion professionnelle

Le job crafting vise notamment à améliorer l’efficacité au travail, non pas dans le but d’en faire toujours plus, mais plutôt de se dégager du temps pour se ressourcer. Une manière aussi ne pas perdre de vue le« pourquoi ». C’est ce que l’on peut observer dans la vidéo très virale de Daniel le boulanger. Celui-ci a réinventé les contours d’un métier séculaire pour se concentrer sur ce qu’il aime faire : être derrière son four. C’est ainsi qu’il a laissé sa boulangerie en libre-service. Les clients se servent eux-mêmes et se rendent la monnaie. A la clef : moins de perte de temps et moins de déchets !

https://vimeo.com/sidewaysfilms/episode8

Bricoler soi-même des changements, même les plus infimes

Avant d’être conceptualisé, le job crafting a été observé. Un groupe de chercheuses américaines s’est en effet penché sur l’observation du personnel de nettoyage d’un hôpital. Une femme qui faisait le ménage dans un service pour patients dans le coma a eu l’idée d’intervertir les tableaux dans les chambres pour tenter, à sa façon, d’aider les gens, et ainsi donner davantage de sens à son travail. « Cela montre que le job crafting ne nécessite pas forcément d’être extrêmement  créatif, mais juste de suivre ses instincts, ses besoins, ses désirs, ses idées », soutient l’experte. Cet exemple témoigne que le job crafting peut s’opérer dans les changements les plus infimes. « Il y a cette notion de bricolage qui démontre que l’on peut faire des petites choses avec ses mains plutôt que d’attendre de grands chambardements », poursuit la coach. 

https://youtu.be/C_igfnctYjA

De plus, il n’existe clairement pas de recette miracle qui vaudrait pour tout le monde. « J’insiste sur la notion d’expérimentation. Dans mon livre, je parle d’organisation au travail, de méthodologie, mais il ne s’agit que de portes d’entrée. Les recettes toutes faites émanent souvent d’études qui sont mal interprétées, comme par exemple celle sur le temps de travail/pause idéal. Il n’en existe pas puisqu’il ne s’agit à chaque fois que de moyennes, ce qui signifie que ce fameux temps de travail/pause idéal ne concerne qu’une toute petite partie de la population », ajoute-t-elle.

De l’importance des émotions

Contenu du travail, conditions de travail, perception du travail… Sylvaine Pascual invite le lecteur à se questionner sur toutes ou certaines de ces sections. 

Le contenu du travail. Il s’agit de modifier la nature et le nombre de vos tâches et missions, en fonction de vos appétences et inappétences, et d’acquérir de nouvelles compétences. 

Les conditions de travail. Il s’agit d’opérer des changements sur :
› votre environnement (horaires, lieux, télétravail, matériel, agencement, etc.) ;
› vos relations (en termes de quantité et qualité, avec tous les interlocuteurs professionnels possibles : hiérarchie, collègues, collaborateurs, clients, partenaires, etc.)
› votre organisation (gestion du temps et de l’énergie, articulation des temps de vie et méthodes employées). 

La perception du travail. Il s’agit ici de faire évoluer la manière dont vous appréhendez votre métier ou votre fonction, selon le sentiment de sens, de contribution et d’utilité que vous éprouvez. 

Toutes ces questions sont potentiellement importantes pour réaliser un bon job crafting. Mais d’après les observations de notre experte, le point de départ du déplaisir au travail s’avère souvent être les relations de travail. « On s’accommode mieux d’un mauvais matériel dans une bonne ambiance que l’inverse », souligne-t-elle. C’est aussi la raison pour laquelle un bon job crafting ne peut se faire au détriment des autres, sans quoi il s’auto-détruit. 

D’ailleurs, Sylvaine Pascual insiste tout au long de son ouvrage sur l’importance des émotions qui sont un indicateur essentiel pour retrouver l’équilibre. Mais encore faut-il être capable de les nommer ! « Depuis l’avènement du terme stress dans les années 2000, les gens ont du mal à déchiffrer les émotions qui les traversent. Pourtant, c’est essentiel de mettre le mot juste car ce sont les émotions qui nous mettent en mouvement. Elles traduisent des besoins satisfaits ou insatisfaits, et nous donnent des clefs d’action très concrètes », analyse la coach. Elle nous encourage donc à aller au delà du simple ressenti pour creuser le message de l’émotion. Par exemple, la colère peut indiquer que l’on ressent un manque de considération. Ce besoin générique peut ensuite être appliqué au besoin spécifique d’un individu, comme par exemple que son n+1 cesse de lui couper la parole en réunion. Au delà de cela, nous possédons tous des profils émotionnels qui génèrent des préférences comportementales. « Nous n’avons pas tous les mêmes moteurs, du coup nous faisons les choses différemment. C’est pour cela que nous nous jugeons mutuellement et pensons avoir raison », illustre Sylvaine Pascual.

Une fois que nous avons compris notre mode de fonctionnement et identifié nos besoins insatisfaits, il est temps de mettre en place les mesures correctives qui s’attaquent au coeur du problème. « Un bon job crafting, ce n’est pas des mesures pansement comme se mettre à méditer pour abaisser son niveau de stress, sans réellement s’attaquer à la source du stress.  Bien entendu, je concluerai en rappelant qu’il n’y a là aucune injonction. Avec le job crafting, vous pouvez exploiter de multiples leviers de changement, à condition que vous ayez envie de les explorer ». 

Paulina Jonquères d’Oriola

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