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Violences conjugales : HeHop, une appli pour mieux faire condamner les bourreaux

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Alors qu’une femme sur trois a déjà subi ou va subir des violences dans sa vie, le pourcentage de condamnation des auteurs fait froid dans le dos. Et pour cause : dans le cas des violences conjugales, seulement 14% des Françaises portent plainte, souvent par crainte des représailles car elles savent combien il est difficile d’obtenir la condamnation de leur bourreau. C’est pour leur venir en aide que Sandy Beky a co-fondé HeHop, une application leur permettant de capturer des preuves afin d’armer leur dossier face à la justice.

Si les campagnes de dénonciation se multiplient, rien n’a vraiment changé pour les femmes victimes des violences, notamment dans la sphère conjugale. Car les racines du problème sont complexes. Outre la honte qui habite les victimes qui n’osent pas porter plainte, c’est toute la mécanique de la justice qui est défaillante. Les policiers et les gendarmes ne sont souvent pas formés à recueillir la parole des victimes, allant jusqu’à remettre en cause leur témoignage. D’autres constatent les coups mais dissuadent les victimes de porter plainte tant que leur dossier n’est pas en béton armé, c’est-à-dire qu’il contient des preuves exploitables par la justice.  Car si les victimes portent plainte et que leur bourreau n’est pas condamné durablement, celles-ci peuvent subir des représailles fatales.

« Le bénéfice du doute n’est jamais favorable aux victimes »

Ce tableau d’une grande noirceur a frappé en plein cœur Sandy Beky lorsqu’elle a assisté en juin 2018 à une conférence dans laquelle est intervenue l’avocate générale de Paris. « Faute de preuves solides, les procès se terminent souvent par une confrontation de la parole de la victime contre celle de l’accusé. Or, le bénéfice du doute n’est jamais favorable aux victimes. C’est là que j’ai eu le déclic : je me suis demandée comment il était possible qu’en 2018, nous ne puissions pas mettre la technologie au service de ces femmes », se souvient Sandy Beky. Violences conjugales

Directrice du « leadership lab » de l’INSEEC et fondatrice Kyosei, un incubateur des nouveaux modèles de leadership, Sandy Beky s’investit depuis plusieurs années dans les questions de diversité, d’inclusion et de développement durable après un parcours très international. Femme engagée, elle a grandi à Madagascar jusqu’à ses 18 ans, ce qui a laissé chez elle une forte empreinte. « Mes parents étaient cadres et j’ai donc bénéficié de conditions très favorables. J’ai toujours su que j’avais beaucoup de chance car je voyais chaque jour des personnes totalement démunies, alors que moi, de mon côté, je pouvais agir. Je crois que c’est ce qui m’a donné envie d’avoir un réel impact sur le monde », confie-t-elle.

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Sandy Beky, co-fondatrice de HeHop

HeHop, une appli pour redonner de l’espoir aux victimes

C’est en parlant avec des personnes de son réseau de ce problème de captation des preuves que Sandy Beky fait la connaissance de Marc Couloigner, un spécialiste de la blockchain. « C’est lui qui m’a soumis l’idée d’utiliser cette technologie pour enregistrer les fichiers servant de preuves sur un serveur crypté, afin qu’aucune falsification ne soit possible », explique Sandy Beky. L’équipe se complète ensuite avec la venue d’Isabelle Henkens, juriste et psychologue, et de Britt Artmeier, spécialisée dans le design et la réalisation d’outils de communication. L’appli se nomme HeHop –Help for Hope- afin d’encourager les victimes à ne jamais perdre espoir.  

Le projet se structure en avril 2019 autour d’une association, « car il est hors de question de faire payer ce service », poursuit Sandy Beky. Pour financer son lourd développement technologique, l’appli compte sur un soutien public et des mécènes privés, Sandy Beky soulignant « qu’il faut bien prendre conscience que les violences ne s’arrêtent sur le pas de la maison. Elles ont forcément un impact sur le salarié au travail ».

Capter les preuves dans un contexte de huis clos

Dans sa version la plus sophistiquée, HeHop entend aussi capter des vidéos et des enregistrements audio pour ensuite les stocker de manière sécurisée. « L’idée est de pouvoir capter des conversations et scènes de violence quand il n’y a aucun témoin, simplement en activant l’enregistrement grâce à une commande vocale (une phrase clef). Le téléphone peut être verrouillé et dans le sac, ce qui permet à la victime de ne pas prendre de risques », poursuit Sandy Beky.

Après avoir fait partie des 40 finalistes de la Fabrique Aviva, et avoir remporté le Premier prix du tournoi d’innovation sociale au niveau européen, les fondateurs de HeHop candidatent à une expérimentation territoriale portée par la Région Île-de-France sur la technologie au service de la sécurité. « Cette expérimentation nous permettrait de tester le produit avec des victimes réelles, en partenariat avec la police, la gendarmerie et la justice », explique Sandy Beky.

Enfin, au delà de cette application, les fondateurs de HeHop souhaiteraient aussi alimenter un volet pédagogique : « les violences apparaissent car on ne sait pas les détecter. J’aimerais que les femmes puissent avoir des outils pour mieux identifier l’emprise dont elles sont victimes afin de s’en protéger mais aussi d’en parler à leurs proches. Quant aux autorités et aux représentants de la justice, ils doivent également être mieux formés ».

Paulina Jonquères d’Oriola

Pour en savoir plus : https://hehop.net/

D’autres femmes engagées :

>Le combat de Chiara Condi pour les femmes victimes de violences

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