Transformer ses épreuves en force avec Jennifer M. Tardy

transformer ses épreuves en force

Rejet, chômage, ruptures… Jennifer M. Tardy en a fait un livre : « Transforme ta peine en pouvoir ». Ancienne blogueuse (@peekaboooblog), elle y partage son parcours et sa méthode, les Chi-Codes, qui allie médecine ancestrale chinoise, Feng Shui et mémoire corporelle. Elle explique comment s’écouter, poser ses limites sans culpabiliser et oser choisir son rêve. Rencontre.

Rejet, chômage, ruptures… Qu’est-ce qui vous a décidée à faire de vos épreuves un livre plutôt que de les laisser derrière vous ?

Jennifer M. Tardy : J’ai été blogueuse pendant des années et j’ai toujours adoré écrire. J’ai toujours su qu’un jour, j’écrirais un livre, mais il me fallait une histoire à raconter. J’ai toujours été attirée par les histoires vraies, parce qu’on se sent proche des gens et qu’on peut se reconnaître dans leur vécu. Je suis pourtant assez pudique sur ma vie privée. Mais des proches ou mes abonnés qui connaissaient mon parcours venaient me demander des conseils, et j’ai compris que mes épreuves pouvaient avoir du sens au-delà de ma propre histoire.

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Une épreuve ne disparaît pas simplement parce qu’on décide de passer à autre chose. J’ai voulu comprendre ce que mes blessures m’avaient appris plutôt que simplement chercher à les oublier. Si mon histoire pouvait aider ne serait-ce qu’une personne à se sentir moins seule et à trouver la force d’avancer, alors j’avais envie de la partager. C’est ainsi qu’est né Transforme ta peine en pouvoir.

« Transformer sa peine en pouvoir », par où commence-t-on concrètement quand on est une femme débordée, entre ambitions et blessures ?

Jennifer M. Tardy : Je pense que ça commence par observer ce qui se répète dans notre vie. Quand on est une femme débordée, entre ses ambitions, ses responsabilités et ses blessures, on peut finir par fonctionner en automatique, sans même prendre le temps de s’écouter.

Une même peur, une même situation, une même réaction du corps peuvent révéler quelque chose que notre mental refuse parfois de regarder. La transformation commence lorsqu’on apprend à s’arrêter, à observer, à ressentir et à choisir autrement. Ce n’est pas forcément spectaculaire : parfois, le premier changement, c’est simplement de ne plus réagir comme la personne que l’on a été.

Vous avez créé les Chi-Codes, une méthode qui allie médecine ancestrale chinoise, Feng Shui et mémoire corporelle. Comment convaincre une femme très rationnelle d’apprivoiser une approche aussi intuitive ?

Transforme ta peine en pouvoir - Jennifer M. Tardy (Ed. Le courrier du livre)
Transforme ta peine en pouvoir – Jennifer M. Tardy (Ed. Le courrier du livre)

Jennifer M. Tardy : Je ne demanderais pas à une femme rationnelle d’y croire, mais d’observer. On a souvent appris à tout analyser avec notre mental, mais prenons-nous réellement le temps d’écouter notre corps ? Pourquoi certains lieux nous apaisent-ils quand d’autres nous épuisent ? Pourquoi reproduisons-nous certaines réactions sans en comprendre l’origine ?

Dans la philosophie chinoise, le Yin est associé à l’intériorité, à l’écoute et à la réceptivité, tandis que le Yang est lié à l’action, au mouvement et à l’affirmation de soi. Dans un quotidien où l’on cherche à tout contrôler, à agir et à avancer sans cesse, ne finit-on pas parfois par négliger notre dimension plus intuitive ?

Les Chi-Codes invitent à recréer du lien entre ce que l’on ressent, ce que l’on vit et notre environnement. La première étape, c’est d’observer ses mécanismes, puis d’expérimenter de nouvelles façons de faire. L’enjeu est de retrouver un équilibre entre le Yin et le Yang, entre l’écoute de soi et le passage à l’action, pour mieux se comprendre et avancer différemment.

Charge mentale, sacrifice, injustice… Pensez-vous que la souffrance professionnelle des femmes reste encore trop invisible ?

Jennifer M. Tardy : Oui, parce que nous avons appris à être performantes, même lorsque nous sommes intérieurement épuisées. Le problème n’est pas seulement la quantité de choses que nous faisons, mais aussi l’état intérieur dans lequel nous les faisons.

Lorsque notre mental reste constamment en vigilance, le corps finit lui aussi par vivre dans cette tension. À force de vouloir être fortes, disponibles et efficaces, certaines femmes ne savent même plus reconnaître le moment où elles ont dépassé leurs propres limites.

Mais à quel moment s’autorise-t-on à dire stop, sans culpabiliser ?

Je pense que cela commence par réapprendre à s’écouter, à reconnaître ses besoins et à comprendre que poser ses limites n’est pas un signe de faiblesse. On peut être ambitieuse, accomplie et forte sans devoir constamment se sacrifier.

À quel moment précis avez-vous senti que votre peine devenait un levier, et non plus un frein ?

Jennifer M. Tardy : Lorsque j’ai compris que je pouvais changer ma relation à ce que j’avais vécu. Je ne pouvais pas modifier mon passé, mais je pouvais choisir ce que j’en faisais aujourd’hui.

Une blessure peut devenir une identité, ou devenir une information sur soi, ses besoins et ses mécanismes. Le véritable déclic a été de ne plus me demander uniquement « Pourquoi cela m’est-il arrivé ? », mais aussi « Qu’est-ce que cette expérience est en train de créer en moi ? ».

À partir de là, je ne regardais plus seulement ce que j’avais perdu ou subi, mais aussi ce que je pouvais en transformer. C’est là que la peine a commencé à devenir un levier plutôt qu’un frein.

« Choisir le rêve plutôt que la sécurité », c’est le titre d’un de vos chapitres. Quel est votre message le plus honnête pour celle qui hésite à tout quitter pour se lancer ?

Jennifer M. Tardy : Je lui dirais de ne pas attendre que la peur disparaisse pour avancer. La peur nous pousse souvent à rester dans ce que l’on connaît, parce que le connu nous rassure. Mais ne pas connaître la suite ne signifie pas que ce qui nous attend sera mauvais.

Choisir son rêve ne veut pas forcément dire tout quitter du jour au lendemain, mais commencer à faire des choix en cohérence avec la personne que l’on veut devenir. On n’a pas besoin d’avoir toutes les réponses pour faire le premier pas. Il faut parfois arrêter d’attendre d’être prête, se donner une chance et surtout croire en soi, parce que personne ne peut le faire à notre place.

Il faut aussi apprendre à prendre du recul sur les avis qui nous freinent et nous empêchent d’agir. En tant que femmes, on subit encore beaucoup d’attentes sociales : se marier, avoir des enfants, suivre un parcours bien défini pour rentrer dans les cases. Mais qui a décidé que notre vie devait suivre un scénario écrit par les autres ? On a le droit de choisir notre propre définition du bonheur, même si elle ne correspond pas à ce que la société attend de nous.

Comment distinguer un signal d’alarme légitime d’une simple peur à dépasser ?

Jennifer M. Tardy : La peur nous fait souvent tourner en boucle dans notre tête, alors que notre corps peut nous envoyer des signaux qu’il ne faut pas négliger. Pour ma part, j’ai notamment été confrontée à des kystes dans la poitrine, une expérience qui m’a rappelé l’importance d’être attentive à son corps et de ne pas faire passer ses besoins au second plan.

J’ai appris à laisser une place à mon intuition, sans pour autant abandonner mon discernement. Je pense qu’il faut apprendre à se poser les bonnes questions : est-ce que cette peur me protège d’un danger réel ou est-ce qu’elle m’empêche d’avancer parce que l’inconnu me déstabilise ?

Prendre du recul, observer ce que l’on ressent et regarder les faits permet de faire la part des choses. Pour moi, l’équilibre se trouve là : écouter son corps, accueillir son intuition et ne pas laisser la peur décider systématiquement à notre place.

Votre méthode invite à écouter son corps. Dans une culture qui valorise la performance, comment se réautorise-t-on à s’écouter sans culpabiliser ?

Jennifer M. Tardy
Jennifer M. Tardy

Jennifer M. Tardy : En arrêtant de considérer le repos comme une perte de temps. Notre corps n’est pas une machine que l’on peut pousser indéfiniment sans conséquence. Lorsque l’on reste constamment dans l’action, on finit par ne plus entendre les signaux subtils, et il faut parfois attendre que le corps crie pour enfin l’écouter.

Mais pourquoi culpabilise-t-on autant lorsque l’on décide de ralentir ? Parce qu’on a souvent appris à mesurer notre valeur à ce que l’on accomplit, plutôt qu’à ce que l’on ressent. La première étape, c’est de s’autoriser à faire des pauses, à reconnaître ses limites et à comprendre que l’on n’a pas besoin d’être constamment productive pour être légitime.

S’écouter, ce n’est pas faire moins de sa vie : c’est apprendre à la vivre avec davantage de conscience.

Vous dites que faire de l’ordre peut être un acte de guérison. Concrètement, quel impact cela peut-il avoir sur une carrière ou un projet ?

Jennifer M. Tardy : Notre environnement participe à notre état intérieur. Un espace saturé peut renforcer une sensation de saturation mentale, alors qu’un espace dans lequel on se sent bien peut nous aider à retrouver de la clarté. C’est l’un des chapitres de mon livre d’ailleurs.

Concrètement, lorsqu’on travaille sur un projet ou qu’on souhaite faire évoluer sa carrière, notre environnement peut influencer notre façon de nous sentir, de nous concentrer et d’aborder les choses. Ranger son bureau, déplacer un meuble ou simplement ouvrir une fenêtre peut devenir un premier geste pour sortir de l’immobilisme.

Je crois beaucoup au lien entre notre intérieur et notre mouvement intérieur : parfois, remettre de l’ordre autour de soi aide à voir plus clair en soi et à retrouver l’élan nécessaire pour avancer. L’idée n’est pas que ranger va résoudre tous nos problèmes, mais que changer son environnement peut être une première façon de remettre du mouvement dans sa vie.

Une seule phrase à offrir à nos lectrices pour commencer leur transformation dès aujourd’hui, laquelle serait-elle ?

Jennifer M. Tardy : « Tu n’as pas besoin de devenir quelqu’un d’autre pour transformer ta vie, tu dois commencer à devenir pleinement celle que tu es. »

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