Burn-out : réussir son retour au travail sans rechuter

retour au travail après un burn-out

Fatigue qui ne passe plus, irritabilité, oublis : le burn-out s’installe en silence. Certaines femmes compensent longtemps, jusqu’à l’effondrement. Clémence Le Divelec l’a vécu en 2018. Diplômée en santé et sécurité au travail, elle signe « Burn-out : du diagnostic à la reconstruction » (Ed. Gereso). Elle explique comment repérer les signaux, apprendre à dire non, retrouver confiance en soi et réussir son retour au travail. Rencontre.

Vous avez traversé un burn-out avant d’écrire ce livre. Pourquoi en avoir fait un guide pour les autres ?

Clémence Le Divelec : En 2018, en plein burn-out, je trouvais surtout des ouvrages sur « comment s’en remettre » ou des témoignages. Aucun ne répondait à lui seul à mes questions. Comment fonctionne le burn-out ? Est-ce de ma faute ? Suis-je responsable ? Quelle est la responsabilité de mon employeur dans tout ça ? Qu’aurais-je dû faire pour mieux me protéger ? Vers qui aurais-je dû me tourner en interne ? Et aujourd’hui, vers qui puis-je me tourner pour mettre toutes les chances de mon côté ? Le burn-out est-il une maladie ?

Guide Dev Persot

J’étais épuisée, mais j’ai passé des heures à lire, à regarder des reportages et à chercher des réponses. Cela ne m’a pas suffi : j’ai ressenti le besoin viscéral d’aller plus loin. Je me suis donc inscrite au D.U. Santé et Sécurité au travail de Bordeaux. Nous devions choisir un thème de mémoire, et c’est là que l’idée a émergé. J’ai pensé cet ouvrage comme un outil de prévention, mais aussi comme un accompagnateur pour celles et ceux qui sont atteints de burn-out. C’est l’ouvrage que j’aurais aimé avoir.

Le burn-out n’a toujours pas de diagnostic officiel. Vers qui se tourner en premier ?

Clémence Le Divelec : La travailleuse en souffrance a souvent du mal à comprendre ce qu’elle traverse et à relier tous ses symptômes. Le premier réflexe est donc de consulter son médecin traitant, sans attendre d’être complètement à bout. Il connaît les antécédents de sa patiente et peut évaluer son état de santé. Il juge si l’épuisement vient d’un épisode dépressif, d’un trouble anxieux, d’une maladie psychique non diagnostiquée ou du travail. Si nécessaire, il peut aussi l’éloigner de son environnement de travail en lui prescrivant un arrêt maladie.

Dans un second temps, il est essentiel d’entamer une thérapie (ou psychothérapie). Elle aide à comprendre ce qui se passe dans l’esprit de la salariée. Elle permet aussi de cerner ce qui, au travail, la fait souffrir : l’arrivée d’un nouveau manager, une surcharge, un harcèlement, un manque d’autonomie, un conflit de valeurs… C’est un rendez-vous avec elle-même, dans un espace-temps privilégié. Le professionnel de santé l’accompagne de manière appropriée, à son propre rythme, pour dépasser ses mécanismes de défense.

Quels signaux physiques, émotionnels et cognitifs les femmes ignorent-elles le plus souvent ?

Clémence Le Divelec : Le burn-out est un syndrome qui s’installe tranquillement, dans la durée. Les symptômes varient d’une femme à l’autre : troubles du sommeil, tensions musculaires, prise ou perte de poids, maux de tête, nausées, vertiges, irritabilité, apathie, baisse de concentration, troubles de la mémoire… Pris séparément, ils peuvent évoquer d’autres diagnostics. Il est donc très complexe de s’auto-évaluer.

Si je ne devais en choisir qu’un, ce serait celui qui nous touche toutes : la fatigue. Une fatigue insidieuse, qui s’installe et ne disparaît plus vraiment, même avec le repos. Elle est trompeuse, car elle reste compatible avec une vie qui continue de fonctionner en apparence.

Pourtant, les signaux sont là :

  • Le signal physique : se réveiller fatiguée, avoir besoin de plus de café, ressentir des tensions musculaires persistantes, ne jamais récupérer complètement. On se dit qu’il suffit de dormir davantage ou de tenir jusqu’aux prochaines vacances.
  • Le signal émotionnel : devenir plus irritable, ressentir de l’anxiété avant d’aller au travail, pleurer plus facilement (hypersensibilité), se sentir à fleur de peau, ne plus éprouver de plaisir ni de motivation. On se reproche parfois d’être devenue moins patiente.
  • Le signal cognitif : oublier des choses simples, relire plusieurs fois le même courriel, perdre le fil d’une conversation, avoir du mal à prendre des décisions. On compense en travaillant plus longtemps, en vérifiant tout et en redoublant d’efforts.

Le piège n’est pas toujours de ne pas voir les signaux, mais de réussir à les compenser assez longtemps pour continuer comme avant. Il n’est pas rare qu’une femme ne se donne pas le droit de s’arrêter. Alors elle continue à être performante, à prendre soin des autres, à respecter ses engagements… tout en s’épuisant. Cette capacité à tenir retarde souvent la prise de conscience.

Mon conseil : lorsque le repos ne suffit plus et que les symptômes persistent ou s’aggravent, parlez-en à votre médecin traitant, sans attendre de vous effondrer.

Comment apprendre à dire non sans culpabiliser, une clé du retour à l’emploi ?

Burn-out : du diagnostic à la reconstruction - Clémence Le Divelec (Ed. Gereso)
Burn-out : du diagnostic à la reconstruction – Clémence Le Divelec (Ed. Gereso)

Clémence Le Divelec : Le burn-out révèle souvent une difficulté à poser des limites : surcharge acceptée trop longtemps, difficulté à déléguer, culpabilité à refuser, recherche excessive de reconnaissance. Apprendre à dire non après un burn-out, ce n’est pas s’investir moins. C’est ne plus s’investir au détriment de sa santé.

Dire « non » peut prendre plusieurs formes : refuser une charge de travail irréaliste, demander un délai supplémentaire, ne pas répondre immédiatement à toutes les sollicitations, limiter les heures supplémentaires, préserver ses temps de repos, ne plus accepter systématiquement les missions en plus.

Ce changement peut générer de la culpabilité. C’est compréhensible : il faut alors apprendre à être douce avec soi. Quand on a longtemps été celle sur qui tout le monde peut compter, poser une limite peut sembler égoïste. On craint de décevoir ou de ne plus être à la hauteur. Mais il n’en est rien. Inutile de commencer par un grand « non ». Mieux vaut poser de petites limites, qui redonnent progressivement un sentiment de sécurité.

Le retour au travail réactive souvent la honte ou la peur de ne plus être à la hauteur. Comment reconstruire son estime professionnelle sans pression ?

Clémence Le Divelec : Après un épuisement professionnel, on peut être tenté de compenser son absence : travailler davantage, accepter toutes les nouvelles demandes, retrouver au plus vite son niveau de performance passé. C’est une erreur.

Reconstruire son estime professionnelle prend du temps. Elle passe par la reconnaissance de sa valeur et du chemin parcouru, l’acceptation de certaines fragilités, la valorisation des compétences préservées et un rapport au travail moins fondé sur la performance. L’enjeu est de reconstruire sa confiance sans en faire une nouvelle obligation de réussite.

Une difficulté de concentration, une fatigue persistante ou un besoin de reprendre progressivement ne résument ni l’intelligence, ni l’expérience, ni le potentiel d’une personne. Le burn-out ne vous définit pas : il n’est pas votre identité, mais une partie de votre histoire. Essayez donc de distinguer ce que vous ressentez de ce que vous valez.

Vouloir retrouver absolument son niveau antérieur crée une pression considérable. Il est préférable de remplacer les preuves de performance par des preuves de progression, et de redéfinir ses critères de réussite.

L’estime professionnelle se reconstruit aussi par l’expérience : réaliser une tâche, retrouver ses automatismes, contribuer à une décision, recevoir un retour constructif. Choisissez des situations adaptées à la reprise, plutôt que de vous tester en permanence sur les tâches les plus difficiles. Vous n’avez pas à prouver que vous méritez de revenir et vous avez le droit de reprendre et de retrouver vos repères.

Vous parlez d’une « nouvelle forme d’ambition » après un burn-out. À quoi ressemble-t-elle au quotidien, lors de la reprise du travail ?

Clémence Le Divelec : Accepter une nouvelle forme d’ambition après un burn-out, ce n’est pas devenir moins ambitieuse, ni renoncer à ses objectifs. C’est ne plus confondre ambition et sacrifice de soi. C’est continuer à vouloir évoluer, réussir et s’épanouir, mais sans faire de sa santé la variable d’ajustement.

Dans le quotidien d’une femme qui reprend le travail, cela peut se traduire de plusieurs façons :

  • Accepter de ne pas tout faire, tout de suite et parfaitement. Une journée peut être réussie sans que toutes les tâches soient terminées. Certaines choses peuvent attendre, sans remettre en question sa compétence ni sa valeur.
  • Poser des limites et faire des choix. Quand un nouveau dossier arrive, ne plus dire oui automatiquement, sans mesurer la charge qu’il représente. On peut échanger avec son manager pour redéfinir les priorités : « Je peux prendre ce dossier, mais quelle tâche devons-nous décaler pour que cela reste réaliste ? » Parfois, il faut aussi reconnaître que l’on n’a pas la capacité d’accepter une mission supplémentaire.
  • Oser demander de l’aide avant d’être au bout de ses ressources. Ne plus attendre d’être en difficulté pour signaler une surcharge, exprimer un besoin ou solliciter un soutien. Demander de l’aide n’est pas un aveu d’incompétence : c’est préserver sa capacité à travailler dans la durée.
  • Redonner une place à sa vie en dehors du travail. Préserver du temps pour ses proches, ses loisirs, son repos, ses envies. C’est essentiel à l’équilibre.
  • Redéfinir ce que signifie réussir. La réussite ne se mesure plus seulement aux résultats, aux responsabilités ou à la reconnaissance reçue. Elle se mesure aussi à sa capacité à tenir ses engagements sans s’épuiser, à progresser sans s’oublier et à construire une vie professionnelle compatible avec la vie que l’on souhaite.

Attention : une reprise durable ne repose pas uniquement sur la volonté individuelle. Le manager et le médecin du travail doivent l’anticiper et l’organiser ensemble.

1 personne sur 2 redoute une rechute et 1/4 en vit une. Comment distinguer une reprise stable d’un retour trop précoce ?

Clémence Le Divelec : Une reprise stable ne se mesure pas à la rapidité avec laquelle on retrouve son poste, ni à la capacité de redevenir tout de suite aussi performante qu’avant. Elle se mesure à la possibilité de reprendre dans des conditions qui permettent de tenir dans la durée, sans retomber dans les mécanismes qui ont mené à l’épuisement.

Une collaboratrice peut sembler aller très bien durant les premières semaines : elle assiste aux réunions, rend ses dossiers à temps, gère son portefeuille clients. Mais cette réussite apparente peut masquer une réalité plus fragile. Pour maintenir ce niveau, elle mobilise une énergie disproportionnée, néglige sa récupération et recommence à dépasser ses limites. Si rien ne change, elle risque de retrouver les conditions qui ont contribué à son épuisement.

À l’inverse, une reprise mieux préparée repose sur plusieurs éléments : une charge de travail adaptée, des objectifs réalistes, des priorités claires, des limites respectées et un suivi régulier pour ajuster les conditions de travail. Elle peut passer par une reprise progressive, mais aussi par une réflexion sur l’organisation du travail et sur les facteurs qui ont conduit au burn-out.

La Haute Autorité de Santé (HAS) insiste d’ailleurs sur l’importance d’anticiper le retour au travail, de coordonner les différents intervenants et d’envisager des aménagements adaptés. Une reprise est rarement linéaire : elle demande du temps et de la patience.

« Qui suis-je en dehors du travail ? » Pourquoi cette question est-elle si difficile pour les femmes ambitieuses ?

Clémence Le Divelec : Cette question bouscule les femmes ambitieuses, car elle touche à la place que le travail a progressivement prise dans leur identité.

Beaucoup ont intégré, parfois très tôt, qu’il fallait faire leurs preuves, être à la hauteur, anticiper et ne pas décevoir. À force de vouloir bien faire, elles finissent par se construire avant tout autour de ce qu’elles accomplissent, apportent aux autres et réussissent.

Le travail devient alors plus qu’une activité : une source de reconnaissance, un repère identitaire, parfois une mesure de sa propre valeur. En dehors, il leur devient plus difficile de savoir qui elles sont. Or, notre valeur ne se mesure pas à notre performance.

Quand je demande « Qui êtes-vous en dehors du travail ? », je vous invite à vous reconnecter à d’autres facettes de vous-même : vos passions, vos envies, votre créativité, vos relations, ce qui vous fait vibrer ou simplement ce qui vous fait du bien. Être passionnée de lecture, d’écriture, de tir à l’arc, aimer apprendre, créer, explorer… Autant de dimensions qui existent indépendamment d’un titre, d’un statut ou d’une réussite.

Les femmes savent souvent décrire parfaitement leurs responsabilités, leurs objectifs et leurs ambitions. Elles ont plus de mal à exprimer leurs désirs, leurs besoins ou ce qui les anime. Derrière une carrière réussie, il peut y avoir une fatigue longtemps ignorée, des passions mises de côté, des relations négligées, une vie organisée autour du devoir plus que du désir.

Se demander qui l’on est en dehors du travail, c’est parfois découvrir que l’on a construit une vie qui fonctionne très bien sur le papier, mais dans laquelle on ne se reconnaît plus tout à fait. Cette prise de conscience peut être inconfortable, car elle invite à regarder ce que l’on a sacrifié en chemin. Mais elle ouvre aussi la possibilité de rééquilibrer sa vie, de retrouver ce qui compte vraiment et de redonner au travail sa juste place.

L’objectif n’est pas de renoncer à son ambition, mais de ne plus avoir besoin de sa réussite professionnelle pour se sentir légitime d’exister. Et il n’est jamais trop tard pour réajuster sa trajectoire et construire une vie qui nous ressemble davantage.

Quelle erreur une manager doit-elle éviter au retour d’une collaboratrice après un burn-out ?

Clémence Le Divelec : L’erreur la plus fréquente, c’est de faire comme si rien ne s’était passé et de faire reprendre son poste « comme avant », trop vite, en pensant que le retour signifie que tout est réglé. Or, retour au travail ne veut pas dire récupération complète.

La salariée n’a pas forcément retrouvé toute son énergie ni sa capacité à gérer la pression. De plus, si le retour n’est pas anticipé, les facteurs qui ont contribué à son épuisement sont probablement toujours là : surcharge de travail, consignes peu claires, interruptions permanentes, difficultés relationnelles…

Il est donc essentiel de bien préparer le retour avec le médecin du travail et, idéalement, le manager, et de ne pas hésiter à demander une adaptation de poste si nécessaire. Cela peut aller d’une pause déjeuner plus longue pour se reposer à un travail uniquement le matin ou l’après-midi, ou encore à la suppression de certaines tâches sur une période donnée.

Il ne faut pas non plus sous-estimer les craintes de la salariée au moment de sa reprise : la peur d’être jugée, de décevoir, de devoir prouver sa valeur et de regagner sa place dans l’équipe. La « bonne » posture pour le manager est d’écouter et d’accueillir sa collaboratrice sans jugement. Il ne doit pas lui demander de se justifier sur son absence ni de raconter son burn-out. Il s’agit de trouver le juste équilibre entre soutien et surprotection.

Enfin, comme je l’évoquais, il faut créer avec le médecin du travail un accompagnement adapté : revoir la charge de travail, clarifier les priorités, définir ce qui peut attendre, installer un suivi régulier par de courts échanges. L’objectif est d’ajuster la reprise au besoin, plutôt que d’attendre qu’une difficulté apparaisse.

Quel message auriez-vous aimé entendre pendant votre propre burn-out ?

Clémence Le Divelec : Que je ne suis pas responsable. Qu’il ne faut pas que j’essaie de retrouver celle que j’étais avant le burn-out. Avant ne veut pas forcément dire mieux. Et évoluer, c’est loin d’être une mauvaise chose.

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