On nous dit que les choses ont changé. Que les femmes diplômées, ambitieuses, ont toutes les cartes en main. Pourtant les chiffres racontent une autre histoire : celle de progrès réels, mais de plafonds qui résistent. État des lieux sans détour.
« Le plafond de verre ? Ça n’existe plus.«
Vous l’avez déjà entendue, cette phrase.
Dans une réunion. Lors d’un dîner. Dans la bouche d’un manager convaincu de sa bonne foi ou d’une collègue qui a réussi et pense, de bonne foi elle aussi, que les choses ont changé pour tout le monde.
Et pourtant. Les chiffres racontent une autre histoire.
En 2026, le plafond de verre n’a pas disparu. Il s’est déplacé, camouflé, parfois habillé de discours progressistes, mais il est toujours là. Et il coûte cher : aux femmes, à leur carrière, et à l’économie française tout entière.
Voici ce que disent vraiment les données.
Sur les salaires : une inégalité même à poste égal
On entend souvent : « Si les femmes gagnent moins, c’est parce qu’elles travaillent moins. » C’est en partie vrai. Mais en partie seulement.
Voici ce que dit l’INSEE dans ses données 2024 :
🔴 -21,8% : l’écart de revenu entre femmes et hommes dans le privé, tous facteurs confondus
🟠 -14% : l’écart à temps de travail identique
🟡 -3,6% : l’écart à poste égal, dans le même établissement
Ce dernier chiffre est le plus parlant. 3,6% qui ne s’expliquent par rien, ni les horaires, ni le poste, ni l’ancienneté. Juste le fait d’être une femme.
Chaque année, le collectif Les Glorieuses calcule la date à partir de laquelle les femmes « travaillent gratuitement« . En 2025, c’était le 10 novembre à 11h31. Deux mois avant la fin de l’année.
La bonne nouvelle ? L’écart global se réduit. Depuis 1995, il a diminué d’un tiers. On avance. Mais lentement. Et on n’est pas arrivées.
Aux postes de direction : le verre est encore bien épais
Dans les grandes entreprises du CAC 40, les femmes représentent 40% des salariés. Mais dans les instances de direction ? À peine 28%. Et celles qui accèdent à ces postes gagnent en moyenne 36% de moins que leurs homologues masculins.
Depuis mars 2026, la loi Rixain impose un quota de 30% de femmes parmi les cadres dirigeants des entreprises de plus de 1000 salariés. Résultat : le CAC 40 atteint 31%, le SBF 120 est à 30%. Le cap est franchi.
Mais voilà ce qui est révélateur : c’est la loi qui a produit ce résultat, pas un changement de culture spontané.
La preuve ? Les entreprises étrangères du SBF 120, non soumises à la réglementation française, n’affichent que 18,8% de femmes dans leurs directions. Sans contrainte légale, pas de progrès.
Et un dernier chiffre qui fait réfléchir : au 1er mars 2026, seulement 53% des entreprises concernées avaient publié leurs données de représentation sur le portail du ministère du Travail. La moitié. À peine.
Côté entrepreneuriat : elles créent, mais on ne les finance pas
Les données de l’Observatoire 2026 de la CPME sont édifiantes.
Les femmes dirigent 1,3 million d’entreprises en France, un quart du tissu économique national. Leurs entreprises sont souvent plus rentables que celles dirigées par des hommes.
Mais leur part du chiffre d’affaires total ? 12,45% seulement. Leur CA moyen est 2,4 fois inférieur à celui des entreprises masculines.
Le diagnostic des experts est sans détour : « Le problème n’est plus l’émergence : c’est le passage à l’échelle. »
Les femmes entreprennent. Elles réussissent à lancer. Mais quand elles veulent accélérer, les portes se ferment : celles du crédit, du réseau, du capital-risque. Le plafond de verre n’est pas seulement un problème de salaire ou de promotion. C’est aussi un mur financier.
Les secteurs où ça coince le plus
La tech : le plus « woke » dans les discours, le plus inégal dans les faits
Difficile à croire pour un secteur qui se revendique disruptif, mais le numérique est l’un des plus inégalitaires.
- 24% de femmes parmi les professionnels du numérique (tous postes confondus)
- 17% dans les postes techniques (développement, ingénierie)
- 11% en cybersécurité
- 13% dans les comités exécutifs du French Tech 120
Et ce n’est pas faute d’envie. 50% des femmes quittent la tech avant 35 ans, contre 20% dans d’autres secteurs : non pas parce qu’elles manquent de compétences, mais parce que l’environnement les épuise. Selon une enquête du cabinet Global Contact, 46% des femmes du secteur ont subi des comportements sexistes au cours de leur carrière.
La finance : l’argent reste entre les mains des hommes
Les entrepreneures qui cherchent à financer leur croissance le savent bien. Les TPE dirigées par des femmes obtiennent 25% de crédits bancaires en moins. Dans le capital-risque, les startups féminines perçoivent 34% de revenus en moins que leurs homologues masculins, selon BPI France.
Le BTP : masculin, mais en mutation
Les femmes représentent seulement 12,9% des salariés du bâtiment. Elles occupent principalement les fonctions administratives. Mais une dynamique s’amorce : 800 000 artisanes en activité, et la moitié des entreprises du BTP désormais dirigées ou co-dirigées par une femme, le double d’il y a 30 ans.