Le chiffre circule depuis quelques mois et il a de quoi impressionner. En France, 39% des nouvelles entreprises sont aujourd’hui créées par des femmes. Une progression continue, année après année. Mais derrière cette statistique flatteuse, la réalité est plus nuancée qu’il n’y paraît. Entre avancée réelle et obstacles persistants, voici où en sont vraiment les chiffres de l’entrepreneuriat féminin en 2026.
Le chiffre qui change la donne
Selon le baromètre 2026 de la Direction générale des Entreprises et de Bpifrance, réalisé dans le cadre du plan interministériel « Toutes et tous égaux« , 39% des créations d’entreprises en France sont désormais portées par des femmes. Une hausse régulière d’environ 2 points par an depuis 2021. Une dynamique confirmée par les derniers chiffres du secteur : avec 1,1 million d’entreprises créées en France en 2025, un record absolu, le pays se positionne en tête de l’Europe sur la création d’entreprise, portée notamment par cette vague de nouvelles dirigeantes.
De quoi parler d’un vrai basculement structurel plutôt que d’un simple effet de mode.
Mais la « chaîne entrepreneuriale » raconte une autre histoire
Le même baromètre DGE-Bpifrance apporte une nuance de taille. Si les femmes portent 39% des créations effectives, elles ne représentent que 29% de la « chaîne entrepreneuriale« , c’est-à-dire l’ensemble du parcours, depuis l’intention de créer une entreprise jusqu’à sa concrétisation. Une proportion certes en progression (+3 points entre 2021 et 2025), mais qui révèle un écart persistant entre l’envie d’entreprendre et le passage à l’acte.
Autrement dit : les femmes qui décident de se lancer réussissent de mieux en mieux à concrétiser leur projet. Mais elles restent encore trop peu nombreuses à franchir le premier pas. La question n’est donc plus seulement « combien créent une entreprise ? » mais « qu’est-ce qui empêche davantage de femmes d’oser ?«
Le vrai obstacle : l’argent, pas la motivation
La réponse tient en grande partie au financement. Selon le baromètre OpinionWay pour France Active, 41% des femmes perçoivent l’obtention d’un prêt comme plus difficile pour elles que pour un homme dans la même situation.
Un ressenti largement confirmé une fois l’entreprise lancée. Selon une analyse du Boston Consulting Group citée dans la même étude, après six ans d’existence, les équipes entrepreneuriales masculines lèvent en moyenne 18,5 fois plus de fonds que les équipes féminines.
Ce déséquilibre n’est pas qu’une question d’ambition ou de compétence. Un encours de crédit plus faible dès le départ signifie moins de marge pour absorber un imprévu de trésorerie, moins de capacité à investir… Et donc une trajectoire de croissance mécaniquement plus lente, même quand le marché et le produit sont là.
Où les femmes entreprennent, et pourquoi
Les secteurs choisis racontent aussi quelque chose. D’après Bpifrance, les femmes restent surreprésentées dans les services à la personne, la santé, le bien-être, l’éducation et le conseil… des secteurs où leur présence dépasse parfois 50% des activités. La santé et la e-santé en particulier constituent l’un des piliers les plus solides de la dynamique entrepreneuriale féminine actuelle, portée par les enjeux de vieillissement de la population et de recherche de solutions de soin alternatives.
Le moteur, lui, est de plus en plus clairement affiché. Selon une étude Disiz, plus de la moitié des créatrices d’entreprise citent la recherche de sens comme motivation principale, avec une volonté marquée d’aligner leur activité sur des valeurs personnelles et sociétales. Le profil qui émerge est souvent celui d’une femme d’une quarantaine d’années, forte d’une expérience salariée préalable, qui choisit l’entrepreneuriat pour repenser sa façon de manager et de travailler, un profil qui parlera à une bonne partie d’entre vous.
Le prochain défi : passer de la création au scale-up
Le constat qui se dessine pour 2026 est donc celui d’un double mouvement : une explosion du nombre de créatrices d’entreprise, mais une croissance qui reste bridée par l’accès au capital une fois l’entreprise lancée. Le défi n’est plus de convaincre les femmes de se lancer. Le mouvement est déjà massif. Mais de leur donner les moyens financiers de faire grandir leur structure au même rythme que leurs homologues masculins.
C’est précisément sur ce point que se jouera la suite. Les entreprises fondées par des femmes captent aujourd’hui une part encore marginale des levées de fonds en capital-risque, loin en dessous de leur poids réel dans la création d’entreprise. Combler cet écart de financement est sans doute le levier le plus déterminant pour transformer une dynamique de création record en une vague durable de croissance.