Et si le plus grand irritant de la piscine, cet élastique qui tire les cheveux depuis toujours, n’était tout simplement pas une fatalité ? C’est la conviction qui a poussé Victoire Guyot, ancienne nageuse et maman, à créer Waterplops : des lunettes de natation avec un bandeau textile à la place de l’élastique.
Sans financement externe, sans budget pub massif, la marque affiche déjà 10 000 produits vendus, une présence dans plus de 20 pays et un référencement chez Decathlon. Lauréate du Prix Coup de Cœur du jury des Business O Féminin Awards 2026, elle nous raconte comment une frustration ordinaire devient une catégorie de marché.
Les lunettes de natation tirent les cheveux depuis toujours, et pourtant personne n’avait jamais résolu ça sérieusement. Comment passe-t-on de « ce truc m’énerve » à « je vais créer une marque pour apporter une solution à cette problématique » ?

Victoire Guyot : Je suis une ancienne nageuse et je nage encore très régulièrement aujourd’hui. Comme beaucoup de femmes, j’ai toujours trouvé les lunettes de natation inconfortables. Les cheveux se coincent dans l’élastique, les lunettes tirent lorsqu’on les met ou qu’on les enlève, et pourtant tout le monde semblait considérer cela comme une fatalité.
En devenant maman, j’ai constaté exactement le même problème chez mes enfants. Avant chaque cours de natation ou chaque baignade, il y avait souvent cette petite appréhension au moment de mettre ou d’enlever les lunettes. Je me suis alors rendu compte que ce problème touchait finalement toute la famille.
Un jour, je me suis demandé pourquoi personne n’avait essayé de remplacer cet élastique par quelque chose de plus confortable. L’idée du bandeau textile est née comme ça. Au départ, je n’ai pas créé Waterplops pour lancer une entreprise. J’ai créé ces lunettes pour mon propre confort de nageuse, puis pour celui de mes enfants.
En commençant à en parler autour de moi, j’ai réalisé que quasiment tout le monde avait vécu la même frustration. À partir de là, j’ai compris que nous n’étions pas face à un problème personnel, mais à un problème universel auquel personne n’avait réellement apporté de solution.
Waterplops, c’est une idée qu’on comprend en deux secondes : un bandeau textile doux à la place de l’élastique. Dans un monde start-up où on valorise souvent la complexité technologique, comment défendez-vous une innovation aussi simple face à des investisseurs ou à un jury ?
Victoire Guyot : Je pense qu’on confond parfois innovation et complexité. Une bonne innovation n’est pas forcément compliquée. Au contraire, les meilleures idées donnent souvent l’impression d’être évidentes une fois qu’on les découvre.
Quand quelqu’un voit une paire de Waterplops, il comprend immédiatement le bénéfice. Il n’y a pas besoin de démonstration technique ou de longues explications. L’enfant n’a plus peur de mettre ses lunettes, les cheveux ne sont plus tirés, le confort est immédiat.
Pour moi, la vraie question n’est pas de savoir si une innovation est complexe. La vraie question est : est-ce qu’elle améliore réellement la vie des utilisateurs ? Et sur ce point, les retours que nous recevons tous les jours sont extrêmement clairs.
180K€ de CA en 2025, 185K€ sur le seul Q1 2026 hors saison, 10 000 produits vendus, déjà présente dans plus de 20 pays, et tout ça sans financement externe. Qu’est-ce que construire une croissance « saine et non financée » vous a appris sur la façon de gérer une entreprise ?
Victoire Guyot : Cela nous oblige à être disciplinés. Quand chaque euro investi est un euro que vous avez gagné, vous réfléchissez différemment.
Nous avons dû apprendre à prioriser, à tester rapidement, à limiter les dépenses inutiles et à concentrer nos efforts sur ce qui crée réellement de la valeur. Cette contrainte est parfois frustrante, mais elle nous a aussi permis de construire des bases solides.
Aujourd’hui, chaque étape de notre croissance est financée par nos clients. Je trouve cela très sain parce que cela nous oblige à rester concentrés sur l’essentiel : créer un produit que les gens aiment vraiment.
Vous dites que le marché des lunettes de natation est dominé par des marques techniques, et que Waterplops crée une nouvelle catégorie : « confort & plaisir« . Concrètement, comment vous êtes-vous positionnée vis-à-vis des Nike, Speedo et autres Decathlon du secteur ?
Victoire Guyot : Nous n’avons jamais essayé de battre ces marques sur leur terrain historique. Elles parlent de performance, de chronomètre, de compétition.
Nous parlons de confort, de plaisir et d’autonomie.
Notre client n’achète pas seulement une paire de lunettes. Il achète une expérience plus agréable à la piscine. Un parent qui n’a plus à batailler avec son enfant avant le cours de natation. Un enfant qui met ses lunettes seul. Une femme qui n’appréhende plus le moment où elle retire ses lunettes.
Nous avons choisi un territoire différent et complémentaire.
Waterplops est référencée chez Decathlon. Pour une jeune marque, entrer dans le plus grand réseau de sport au monde, c’est à la fois une validation et un risque de dépendance. Comment vous y êtes-vous prise, et comment gérez-vous ce rapport de force ?
Victoire Guyot : Être référencé chez Decathlon a été une étape importante. C’est une formidable validation du produit.
Mais nous avons fait très attention à ne pas dépendre d’un seul canal. Aujourd’hui, nous développons en parallèle notre site internet, Amazon, notre réseau de revendeurs spécialisés et nos distributeurs à l’international.
Notre objectif est de construire une marque forte et durable. Pour cela, il est essentiel de diversifier nos canaux de distribution et de rester maître de notre développement.
Près d’un million de vues organiques, 21 000 abonnés Instagram, sans budget pub massif. Qu’est-ce qui rend Waterplops naturellement viral, et est-ce que vous l’aviez anticipé ou découvert en chemin ?
Victoire Guyot : Je pense que nous l’avons découvert en avançant. Waterplops est un produit très visuel et très démonstratif. En quelques secondes, on comprend le problème et on comprend la solution.
Les parents se reconnaissent immédiatement dans la situation. Ils ont déjà vécu ce moment où leur enfant rechigne à mettre ses lunettes parce qu’elles lui tirent les cheveux.
Lorsque l’on résout un problème universel avec une solution simple et visible, le contenu se partage naturellement. Les meilleures publicités pour Waterplops sont souvent nos propres clients qui racontent leur expérience.
Votre parcours académique est impressionnant. Est-ce que cette formation vous a vraiment aidée à entreprendre, ou est-ce que les vraies leçons, vous les avez apprises en faisant ?
Victoire Guyot : Les deux. Mes études m’ont donné des outils d’analyse, de stratégie et de gestion qui me servent encore aujourd’hui. Mais l’entrepreneuriat reste avant tout une école de terrain. Rien ne remplace les discussions avec les clients, les erreurs de production, les négociations commerciales ou les problèmes logistiques.
Les plus grandes leçons, je les ai apprises en construisant l’entreprise au quotidien.
La prochaine étape, c’est le lancement d’un bandeau interchangeable. C’est une évolution produit qui transforme une vente unique en potentiel d’achat répété. Comment avez-vous eu cette idée, et qu’est-ce qu’elle change pour le modèle économique ?
Victoire Guyot : Nous observons beaucoup nos clients. Nous avons remarqué que les enfants s’attachent énormément aux motifs de leurs bandeaux et aiment changer de style.
Le bandeau interchangeable leur permettra de personnaliser leurs lunettes tout en conservant la partie technique. Un enfant pourra changer de look en quelques secondes sans avoir à racheter une nouvelle paire complète.
Pour les familles, c’est plus économique et plus durable. Pour nous, cela ouvre effectivement la possibilité de ventes récurrentes autour de nouvelles collections, collaborations et licences.
Devenir la référence mondiale des lunettes de natation confort. Face aux géants du secteur, avec quelles armes une fondatrice indépendante peut-elle vraiment jouer dans cette cour-là ?
Victoire Guyot : Les grandes entreprises ont davantage de moyens. Mais les petites entreprises ont souvent davantage de vitesse, de proximité avec leurs clients et de capacité d’innovation.
Nous échangeons avec nos clients tous les jours. Nous pouvons tester rapidement de nouvelles idées, lancer de nouveaux modèles et faire évoluer nos produits en permanence.
Je crois que les grandes marques dominent souvent les catégories existantes. Les entrepreneurs ont, eux, la capacité de créer de nouvelles catégories. C’est exactement ce que nous faisons avec les lunettes de natation confort.
Vous remportez le prix Coup de cœur du jury du concours des Business O Féminin Awards 2026, une reconnaissance qui dit quelque chose d’émotionnel autant que de rationnel. Qu’est-ce que ça représente pour vous, et comment l’avez-vous vécu ?
Victoire Guyot : J’ai été très touchée. Parce que ce prix récompense évidemment une entreprise, mais aussi beaucoup de travail, de doutes, d’énergie et de persévérance.
Quand on crée une marque à partir de rien, on passe beaucoup de temps seule à prendre des décisions, à résoudre des problèmes et à avancer sans certitudes.
Recevoir un prix « Coup de cœur » a une dimension particulière. Cela signifie que le projet ne convainc pas seulement par ses résultats, mais aussi par l’histoire qu’il raconte et l’impact qu’il a sur les gens.
Pour moi, c’est un encouragement à continuer à voir grand. Et c’est aussi une belle reconnaissance pour toutes les personnes qui nous accompagnent dans cette aventure depuis le début.