Carole Danancher, Directrice Générale France de Vivid, fait de la fintech son terrain de jeu depuis son passage de fondatrice de Kannelle à la direction d’une plateforme financière pensée pour les indépendantes et dirigeantes de TPE/PME.
Dans cette interview, elle revient sur son parcours d’entrepreneure, sur ce que signifie diriger dans un secteur encore très masculin, et sur la vision de Vivid pour démocratiser la gestion financière des petites entreprises. Un conseil qu’elle aurait aimé recevoir plus tôt ? Ne jamais laisser sa trésorerie dormir.
Pouvez-vous nous raconter votre parcours en quelques mots ? Qu’est-ce qui vous a amenée à la finance et, plus précisément, à la fintech ?
Carole Danancher : Je me définis avant tout comme une entrepreneure. J’ai fondé et dirigé pendant sept ans Kannelle, une société éditant un logiciel vidéo. Cette aventure entrepreneuriale a été extrêmement formatrice : j’ai vécu de l’intérieur les défis auxquels sont confronté.e.s les dirigeant.e.s de TPE et PME, qu’il s’agisse de croissance, de gestion financière, de recrutement ou de développement commercial. L’entreprise a ensuite été rachetée par l’un de ses concurrents, une étape importante qui m’a permis d’aborder une nouvelle phase de ma carrière.
Par la suite, j’ai évolué dans plusieurs entreprises technologiques et financières en forte croissance, toujours à l’intersection de l’innovation et de l’accompagnement des entreprises. Cette double expérience, à la fois comme fondatrice et comme dirigeante, a profondément façonné ma vision du secteur.
Ce qui m’a attirée vers la fintech, c’est précisément sa capacité à réinventer l’expérience financière. Grâce à la technologie, nous pouvons rendre la gestion de l’argent plus simple, plus transparente et plus accessible. C’est un secteur où l’innovation a un impact direct sur la vie quotidienne des entrepreneur.e.s.
Avant Vivid, quelles étapes clés ont construit votre vision du secteur financier ? Y a-t-il un moment charnière qui a tout changé ?
Carole Danancher : Chaque étape de mon parcours a renforcé une même observation : les petites entreprises restent souvent les moins bien servies par les acteurs financiers traditionnels, alors qu’elles constituent le moteur de l’économie.
Le moment charnière a sans doute été la prise de conscience que les attentes des entrepreneur.e.s avaient profondément évolué. Aujourd’hui, un.e dirigeant.e de TPE ou un.e indépendant.e attend de ses outils financiers la même simplicité et la même fluidité que dans sa vie personnelle. Pourtant, beaucoup continuent à jongler entre plusieurs plateformes pour gérer leurs paiements, leur trésorerie, leurs dépenses ou leurs investissements.
Cette fragmentation représente une perte de temps et d’efficacité considérable. C’est ce constat qui a façonné ma vision du secteur.
Qu’est-ce qui vous a convaincue de rejoindre Vivid et de prendre la direction générale France ?
Carole Danancher : J’ai été séduite par l’ambition de Vivid : construire une plateforme financière complète pensée spécifiquement pour les indépendant.e.s, les TPE et les PME.
Le marché des services financiers professionnels est en pleine transformation. Les entrepreneur.e.s recherchent des solutions capables d’aller au-delà du simple compte professionnel pour piloter leur activité, optimiser leur trésorerie, gérer leurs dépenses et faire fructifier leurs liquidités depuis un même environnement.
Vivid répond précisément à cette attente avec une approche innovante qui combine services bancaires, gestion financière et solutions d’investissement. L’IA est également au cœur de sa stratégie de développement, avec récemment le lancement d’agents IA administratifs, financiers et juridiques.
Comment définiriez-vous votre style de leadership ? Et a-t-il évolué depuis vos débuts ?
Carole Danancher : Je définirais mon leadership comme exigeant, collaboratif et orienté impact. Avec l’expérience, j’ai appris qu’un.e dirigeant.e ne crée pas de valeur seul.e. Son rôle consiste avant tout à donner une direction claire, à favoriser l’autonomie des équipes et à créer les conditions de la réussite collective.
J’accorde également beaucoup d’importance à l’écoute. Dans un secteur qui évolue aussi vite que la fintech, les meilleures idées émergent souvent du terrain, des équipes et des clients eux-mêmes.
La fintech reste un secteur très masculin. Avez-vous ressenti cette réalité dans votre quotidien professionnel ? Comment l’avez-vous vécue ?
Carole Danancher : Oui, bien sûr. Comme beaucoup de femmes évoluant dans les secteurs de la finance ou de la technologie, j’ai souvent participé à des réunions où les femmes étaient largement minoritaires.
Cela dit, je préfère voir cette réalité comme une opportunité de faire évoluer les choses plutôt que comme un frein. Les entreprises les plus performantes sont celles qui favorisent la diversité des profils, des expériences et des points de vue.
Ce qui m’encourage particulièrement aujourd’hui, c’est de voir émerger une nouvelle génération de femmes entrepreneures qui contribuent à transformer le secteur économique et financier. Elles démontrent qu’il est possible de bâtir des entreprises performantes tout en intégrant des enjeux plus larges, qu’ils soient environnementaux, sociaux ou liés à l’inclusion financière.
Je pense notamment à Maud Caillaux et à Maéva Courtois de Green-Got et Hélios. Au-delà de leur réussite entrepreneuriale, elles ont contribué à faire émerger une finance alignée avec les préoccupations de leur génération. Leurs parcours montrent que la création de valeur et l’impact positif peuvent aller de pair.
La fintech a encore des progrès à accomplir en matière de représentation, mais je constate une évolution réelle. Davantage de femmes accèdent à des postes de direction, créent leurs propres entreprises et participent activement à redéfinir l’avenir des services financiers.
Avez-vous eu des mentors ou des modèles dans votre carrière ? Hommes ou femmes ?
Carole Danancher : J’ai eu la chance d’apprendre auprès de nombreuses personnes, hommes comme femmes.
Je crois davantage à l’idée d’inspirations multiples qu’à celle d’un mentor unique. Certaines personnes m’ont appris la rigueur stratégique, d’autres la capacité à prendre des décisions rapidement ou encore l’importance de la confiance accordée aux équipes.
Je continue aujourd’hui à apprendre au contact d’entrepreneur.e.s, de dirigeant.e.s et de femmes leaders qui osent remettre en question les modèles établis.
Que diriez-vous à une jeune femme qui hésite à se lancer dans la fintech ou à viser un poste de direction ?
Carole Danancher : Je lui dirais de ne pas attendre de se sentir prête à 100%.
Les femmes ont souvent tendance à sous-estimer leurs compétences alors qu’elles disposent déjà de toutes les qualités nécessaires pour réussir. La fintech est un secteur passionnant qui recherche des profils variés : expert.e.s financier.e.s, spécialistes produit, communicant.e.s, ingénieur.e.s…
La curiosité, l’envie d’apprendre et la capacité à résoudre des problèmes comptent souvent davantage qu’un parcours parfaitement linéaire.
En 2023-2024, Vivid a opéré un pivot majeur du grand public vers les indépendants et PME. Qu’est-ce qui a motivé ce choix stratégique ?
Carole Danancher : Nous avons observé une opportunité majeure sur le marché européen des services financiers pour les professionnels.
Les indépendant.e.s, TPE et PME représentent l’immense majorité du tissu économique, mais leurs besoins restent insuffisamment couverts. Beaucoup utilisent encore des outils dispersés pour gérer leur compte professionnel, leurs dépenses, leur trésorerie ou leurs investissements.
Nous avons donc choisi de concentrer nos ressources sur cette clientèle afin de développer une plateforme véritablement pensée pour les entrepreneur.e.s.
Vous dites que Vivid veut être le « copilote malin » des petites entreprises. Qu’est-ce que cela signifie concrètement dans le quotidien d’un indépendant ou d’une dirigeante de TPE ?
Carole Danancher : Pendant longtemps, les grandes entreprises ont bénéficié de ressources auxquelles les indépendants et les petites structures n’avaient tout simplement pas accès : équipes financières, juridiques, assistant.e.s de direction ou outils sophistiqués pour gérer les opérations du quotidien.
Chez Vivid, notre ambition est de réduire cet écart. Être un « copilote malin », c’est donner aux entrepreneurs les moyens d’accéder à ces mêmes capacités, mais de façon simple, accessible et flexible.
Concrètement, cela passe par notre plateforme financière, qui permet de gérer ses paiements, ses dépenses, rémunérer sa trésorerie depuis un seul endroit. Mais cela va désormais bien au-delà de la banque.
Nous avons récemment lancé ce que nous appelons des « employé.e.s digitaux » : trois assistant.e.s spécialisé.e.s basé.e.s sur l’intelligence artificielle qui fonctionnent comme de véritables membres de l’équipe.
- Anna, notre assistante personnelle, aide à organiser le quotidien : gestion de planning, préparation d’e-mails, suivi de tâches ou coordination de projets. Elle permet aux entrepreneurs de gagner un temps précieux sur les tâches administratives.
- Lucas, notre assistant juridique, accompagne les dirigeants dans la création, l’analyse et la gestion de documents contractuels. Pour une petite entreprise qui ne dispose pas d’un service juridique interne, c’est un véritable levier d’efficacité.
- Enfin, Emma, notre assistante financière, est conçue pour aider les entreprises à mieux piloter leur activité grâce à une meilleure visibilité sur leurs indicateurs financiers, leur trésorerie et leurs flux de liquidités. Elle démocratise un niveau d’analyse qui était jusqu’ici réservé aux entreprises disposant d’équipes financières dédiées.
Au fond, notre vision est simple : permettre à un.e indépendant.e ou à une dirigeante de TPE de bénéficier des outils, des compétences et de la puissance opérationnelle d’une grande entreprise, sans avoir à supporter les coûts fixes qui vont habituellement avec.
La question financière est souvent un angle mort pour beaucoup d’entrepreneures. Comment Vivid répond à des freins très concrets : manque de temps, complexité, manque de confiance en soi face à la finance ?
Carole Danancher : Nous pensons que la technologie doit simplifier la finance plutôt que la compliquer. Beaucoup d’entrepreneures n’ont ni le temps ni l’envie de devenir des expertes financières. Elles ont avant tout besoin de visibilité, de pédagogie et d’outils intuitifs.
Chez Vivid, nous travaillons à rendre la gestion de trésorerie, le suivi des dépenses et l’optimisation des liquidités aussi accessibles que possible. Notre mission est de permettre aux dirigeantes de mieux comprendre leur situation financière et d’agir en confiance, sans jargon inutile.
La maîtrise de sa trésorerie n’est pas réservée aux spécialistes : c’est une compétence stratégique accessible à toutes les entrepreneures.
Vivid dispose d’une triple licence réglementaire (EMI, PSI, MiCA). C’est rare. En quoi cela change-t-il concrètement ce que vous pouvez offrir par rapport à vos concurrents ?
Carole Danancher : Cette structure réglementaire nous permet de proposer une offre particulièrement intégrée tout en répondant aux exigences les plus élevées en matière de conformité et de sécurité.
Pour nos clients, cela signifie un accès simplifié à plusieurs services financiers depuis une seule plateforme, avec un niveau de confiance essentiel lorsqu’il s’agit de gérer les finances de son entreprise.
Dans un secteur où les attentes en matière de sécurité, de transparence et de réglementation sont de plus en plus fortes, cette capacité constitue un avantage différenciant important.
Quels sont vos grands chantiers pour Vivid France dans les 12 à 18 prochains mois ?
Carole Danancher : Notre priorité est de continuer à accompagner la croissance des indépendant.e.s, TPE et PME françaises.
Nous allons poursuivre le développement de fonctionnalités liées à la gestion financière, à l’automatisation des opérations et au placement de la trésorerie.
Nous souhaitons également renforcer notre rôle de partenaire de croissance auprès des entrepreneur.e.s, en leur apportant non seulement des outils financiers performants mais aussi davantage d’accompagnement et d’expertise.
Un dernier mot pour les entrepreneures de la communauté Business O Féminin qui ne pensent pas encore à optimiser leur trésorerie ?
Carole Danancher : La trésorerie est souvent perçue comme un sujet technique, alors qu’elle constitue avant tout un levier stratégique.
Une entreprise peut être rentable et pourtant fragilisée par une mauvaise gestion de sa trésorerie. À l’inverse, une dirigeante qui comprend précisément où se trouvent ses liquidités et comment les mobiliser gagne en sérénité, en capacité d’investissement et en liberté de décision.
Prendre quelques heures pour analyser sa trésorerie aujourd’hui peut avoir un impact considérable sur le développement de son entreprise demain.
Le conseil financier que vous auriez aimé recevoir à vos débuts ?
Carole Danancher : « Ne laissez jamais votre trésorerie être passive par défaut. »
Les entrepreneures consacrent beaucoup d’énergie à développer leur activité, mais oublient parfois que leur trésorerie est aussi un actif stratégique qui mérite d’être piloté avec la même attention. Encore plus avec l’inflation qui grignote de sa valeur dans le contexte d’aujourd’hui.
Une femme qui vous inspire, dans la finance ou ailleurs ?
Carole Danancher : J’admire particulièrement les femmes qui ont su ouvrir de nouvelles voies dans des secteurs où elles étaient peu représentées. Plus que des personnalités en particulier, ce sont les dirigeantes et entrepreneures qui osent prendre des risques, créer et faire bouger les lignes qui m’inspirent au quotidien.