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Pourquoi vous devez prendre votre santé mentale au sérieux ?

art de la transgression

Avec le confinement, l’isolement des individus fait craindre aux spécialistes l’arrivée d’une troisième vague psychiatrique qui sans nul doute engendrera des coûts importants en termes de santé publique. En réalité, cette troisième vague est déjà palpable dans les cabinets. Le second confinement a globalement été encore plus mal vécu par les individus. La perspective de sortie de crise paraît lointaine, d’autant plus que les Français semblent réticents à se faire vacciner. Sans oublier les difficultés économiques qui entraînent des pertes de salaire voire d’emplois.

« Dans mon activité, je vois beaucoup de personnes rechuter. Il peut s’agir de dépressions ou encore de conduites addictives. J’accueille aussi une nouvelle population d’individus qui peuvent avoir sombré pour la première fois. Ou qui profitent justement de cette période pour traiter un problème de fond qu’ils n’avaient jamais pris le temps de régler », observe le Dr Christophe Cutarella,  psychiatre et membre du Collège scientifique de la Fondation Ramsay Santé.

La psychiatrie, un terme encore tabou

Guide Dev Persot

Si l’on commence peu à peu à insister sur l’importance de la santé mentale, reste que celle-ci est largement passée au second plan durant ces 10 derniers mois. Ou peut-être devrait-on oser nommer clairement les choses. La psychiatrie est passée à la trappe face à l’urgence pandémique. « Le terme psychiatrie est mal connoté, car on l’associe à la folie et aux asiles. Elle renvoie aux années 60, 70, avant que l’on ait des médicaments pour soigner les gens. Mais la psychiatrie englobe tout autant la schizophrénie que la dépression ou les crises d’angoisse », note le spécialiste. Il ajoute : « Nous avons honte d’être malades psychiquement, mais nous ne disposons pas tous des mêmes ressources matérielles ou mentales pour les surmonter ».

En effet, il existe des prédispositions génétiques au développement de la dépression, à un terrain anxieux ou encore à des comportements addictifs. Les conditions matérielles ont aussi leur importance. Chacun a besoin de répondre un minimum à ses besoins pour pouvoir s’épanouir. Pourtant, on se sent encore trop souvent coupables de notre mal-être.

Une honte sur le lieu de travail

Le mal-être psychique a encore plus de mal à être admis dans la sphère professionnelle. Qui ose téléphoner à son employeur parce qu’il est en pleine crise de panique avant d’attaquer sa journée de boulot ? Pourtant, nous avons beaucoup moins de difficultés à nous absenter parce que nous souffrons d’une terrible migraine. « De la même manière, une portion non négligeable de salariés consomme des produits licites ou illicites sur son lieu de travail, mais ça non plus, on n’en entend jamais parler », observe le Dr Cutarella.

Des conséquences physiques sur le long terme

Au même titre que nous savons qu’il ne faut pas abuser du vin et de la viande rouge pour rester en forme, nous devrions aussi prendre garde à ne pas trop pousser notre machine psychologique par le travail ou une charge mentale trop importante. Si nous ne prenons pas soin de notre mental, les problèmes physiques ne tardent d’ailleurs pas à arriver. Par exemple, le stress engendre potentiellement une tension artérielle élevée, de la tachycardie ou encore une extrasystole. Ce qui peut causer des pathologies cardiaques à la longue.

Un mauvais sommeil peut aussi provoquer des accidents. « Un état prolongé de mal-être peut pousser certains à rechercher des exutoires pouvant entraîner des addictions et conduites à risques », note le psychiatre.  Au final, tout finit potentiellement par éclater par un burnout. Ou bien de manière plus insidieuse, un bore-out (ennui au travail) ou un brown-out (manque de sens au travail).

Alors que faire pour prendre soin de notre santé mentale ? 

2 clefs en tant qu’individus 

> Baisser la somme de nos exigences

Tout d’abord, nous pouvons baisser la somme d’exigences que nous nous imposons à nous-mêmes. Êtes-vous du genre à culpabiliser si vous avez l’impression de n’avoir donné que 70% de votre énergie dans la journée ? « Certainement à cause de notre éducation et de notre contexte socio-culturel, nous avons l‘impression d’avoir une dette lorsque nous n’avons pas rempli notre journée à 100% », observe le psychiatre. Pourtant, pour tenir sur le long terme, il est essentiel de ne pas consommer toute son énergie.

Cela est d’autant plus vrai pour les femmes dont on connaît l’écrasante charge mentale. Et qui pour beaucoup d’entre elles ne s’accordent plus de moments personnels dès lors qu’elles sont mamans. « Je rencontre beaucoup de mères qui sont totalement au service des autres. Elles ne vont se coucher que lorsqu’elles ont fini d’accomplir les tâches qu’elles se sont assignées », rapporte notre expert. L’idéal étant de se sociabiliser autour d’un exécutoire. Par exemple en intégrant une association sportive, un club de cinéma ou encore un atelier photo. Mais il existe plein d’autres possibilités enrichissantes !

> Oser s’affirmer

S’affirmer, c’est s’autoriser à être aligné avec ses valeurs, à réaliser des choses qui font sens pour nous. C’est l’essence même du bonheur. Cela vaut aussi bien dans la vie de tous les jours qu’au travail. Mais pour s’affirmer, il faut déjà passer par l’étape précédente citée ci-dessus. Prendre du temps pour soi-même nous aide à mieux analyser les choses en profondeur. Également à prendre du recul et déterminer ce qui nous permettrait d’aller vers un mieux-être.

« Il faut savoir dire non à l’autre, mais aussi dire oui à soi pour s’apporter du plaisir. En réalité, nous aurions besoin de répondre à nos envies bien plus souvent que nous l’imaginons. Mais si l’on court en permanence, nous n’avons plus de temps pour déterminer ce qui nous ferait vraiment du bien », observe le médecin.

2 clefs en tant qu’entreprise

> Faire preuve de souplesse

On l’a vu, le télétravail à temps plein n’est pas plébiscité par les salariés. Mais il peut malgré tout apporter un mieux-être s’il est pratiqué à bon escient, et surtout s’il est préparé. En effet, il permet de dégager du temps personnel si tant est que l’entreprise accepte que son employé dédie son temps de transport à son loisir et non pas à travailler encore et toujours plus. « Le télétravail doit être aménagé à la fois dans les plannings mais aussi dans les mentalités », note le médecin.

Dans le cas particulier des familles, il est également primordial d’adapter les emplois du temps en évitant les réunions trop tôt le matin. Ou bien dans le cas contraire, trop tard le soir. L’idée est de permettre à chacun de ne pas culpabiliser s’il ne parvient pas à se synchroniser sur le rythme habituel de l’entreprise, d’ordinaire déconnecté des impératifs familiaux. Autre piste évoquée par le psychiatre : ajouter un complément de salaire aux parents afin qu’ils puissent engager des nounous pour les aider dans leur vie quotidienne.

Enfin, cette souplesse doit aussi s’exprimer dans les processus d’évaluation des salariés. « On pourrait imaginer la mise en place d’autres critères que les données chiffrées, qui ne reflètent pas forcément l’implication des collaborateurs, et notamment des femmes », poursuit le spécialiste. Par exemple, il pourrait s’agir d’évaluer les compétences managériales, ou plus globalement les soft skills.

> Établir des personnes référentes en entreprise sur la santé mentale

Dans les entreprises, il peut exister des postes autour de la Responsabilité Sociale et Environnementale comme celui de Responsable de la Qualité de Vie au Travail ou encore de Chief Hapiness Officer. Mais pour que cela fonctionne, il faut que la direction adhère de A à Z. Autrement, il peut se produire l’inverse de l’effet escompté, avec encore plus de défiance de la part des salariés.

Pour le psychiatre, « il est important qu’une personne référente puisse recueillir la parole des salariés, qu’il s’agisse d’un cabinet de conseil ou encore d’un médecin du travail. Ces acteurs doivent créer une véritable alliance avec les équipes. Je suis aussi convaincu que le médecin du travail doit collaborer étroitement avec le médecin traitant à l’extérieur de l’entreprise », conclut le psychiatre.

Retrouvez plus de conseils sur le site du Dr Cutarella.

Paulina Jonquères d’Oriola

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