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Interview d’Elodie Andriot, auteure de “Patronnes”

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Comment devenir N°1 ? Arriver au top que l’on soit entrepreneure ou en entreprise ? Elodie Andriot a posé la question à 52 femmes qui sont aux commandes de leur entreprise. Des parcours de vie inspirants qu’elle nous livre dans Patronnes, tête-à-tête avec les numéros Unes (Ed Albin Michel). Rencontre.

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Qu’est-ce qui t’a fasciné le plus dans ces parcours de femmes ?

Elodie Andriot : J’ai adoré mes échanges avec les entrepreneures notamment, car elles ne rentrent pas dans le moule. On a par exemple Carole Juge qui a été actrice avant de créer sa marque écoresponsable de couches jetables : Joone. Comme le dit très bien Diana Brondel de Xaalys, elles sont souvent l’exception qui confirme la règle. 

Par ailleurs, j’ai noté deux types d’entrepreneures. Celles qui montent leur entreprise à la vingtaine et qui vont faire leur exit à la fin de la vingtaine. Et celles qui entreprennent après les enfants. C’est rare d’avoir une femme entre les deux, et c’est ce qui m’a marqué !

Mini Guide Leader

Pour celles qui sont en entreprise, celles qui arrivent au top sont celles qui sont souvent CFO, car ces fonctions financières les mènent à la gestion d’une business unit, d’un PNL qui va leur permettre d’avoir une place au Comex. 

Ce qui m’a frappé, c’est qu’elles sont rares à assumer leur ambition. Comment est-ce que tu l’as perçu ? 

Elodie Andriot : L’image de la patronne, médiatiquement, c’est compliqué. On les réduit parfois à ce rôle d’incarnation et en fait, elles ne gèrent pas tellement. Celle qui l’a le mieux décrit, c’est Justine Hutteau de Respire. Elle m’a parlé de cyberharcèlement et de haine en ligne. Elle m’a raconté les débuts de son entreprise, qu’elle incarne de fait car elle avait cette communauté de « runners ». Que les investisseurs contactaient directement son cofondateur pour échanger, on ne parlait qu’à lui !

Elles sont nombreuses à m’avoir évoqué cela. Delphine Ernotte a aussi subi les critiques à sa nomination au poste de Directrice générale de France TélévisionsElles n’assument donc pas cette ambition. Je crois qu’elles tentent de faire oublier qu’elles sont des femmes. Elles parlent beaucoup de leurs postes, de leurs boîtes. Cela a été extrêmement dur de les faire parler d’elles, elles se raccrochaient aux chiffres clés de leur entreprise à cause de ce problème de légitimité vis-à-vis des médias. Il fallait leur faire comprendre qu’elles allaient être mises en lumière, qu’on allait raconter leur vraie histoire et que ce n’était pas un piège fondamentalement. Elles avaient besoin de courage pour s’assumer réellement du point de vue de leur image.

L’échec apparaît souvent comme un moteur. As-tu des exemples à nous donner ?

Elodie Andriot : Je pense effectivement à Anaïs Barut que l’on ne connaît pas et qui mériterait largement d’être connue. J’étais bouleversée après son entretien. Elle nous touche toutes et tous puisqu’elle a inventé une manière de détecter le cancer de la peau ainsi que d’autres formes de cancers, dont le cancer du sein. Cette femme était une surdouée qui a passé son bac à 16 ans, et derrière elle n’a pas été prise dans une école. Heureusement pour elle, puisque cela lui a permis de prendre du recul et de découvrir l’entrepreneuriat. Elle a tracé son parcours toute seule, elle a rencontré son co-fondateur et a fondé DAMAE Médical qui cartonne et qui a un vrai impact.

Que l’on soit un homme ou une femme, il y a un vide à un moment donné qui nous permet de se recentrer. Comme dans le film “Simone, le voyage du siècle”, Simone Veil a cette ambition dévorante depuis le départ. Tout le monde lui dit qu’elle devrait rester à la maison avec ses enfants, mais elle décide de reprendre ses études suite au décès de sa sœur . Et elle réalise de grands projets. On a toutes ce moment clé dans la vie qui nous permet par la suite de nous lancer sur le chemin qui nous était prédestiné !

Quelles sont les qualités pour être leader qui ressortent pour toi dans “Patronnes” ?

Elodie Andriot : Dans le livre, on retrouve 52 personnalités complètement différentes. Si je dois donner une réponse, je vais citer l’un des 6 commandements : “La patronne a toujours agi comme une patronne”.

Comme exemple, je peux citer Sylvie Tellier qui avait 23 ans au moment de son élection à Miss France. Elle ne rentrait pas du tout dans le moule, pourtant elle a commencé à poser ces conditions telle une patronne. De même pour le parcours de Mercedes Erra qui a été amenée à développer son sens des responsabilités dès son plus jeune âge après son arrivée d’Espagne. Elle a connu une descente sociale qui a été très mal vécue par sa famille. Elle a dû s’occuper du foyer et prendre en charge financièrement sa famille. Donc même en dehors de sa vie professionnelle, c’était déjà une patronne.

Il y a différents âges parmi ces patronnes ; la jeune femme de 20 ans, la femme de 30 ans, 40 ans, 50 ans… Est-ce que tu vois des différences de styles et de manière de voir la vie et ce rôle de leader ?

Elodie Andriot : Oui, premièrement, on constate une flagrante différence de style vestimentaire. Par exemple, Nathalie Boy de la Tour (1ère femme élue présidente de la Ligue de football professionnel) m’a expliqué que ce n’était pas les mêmes injonctions sur les femmes. Si une femme ne se présente pas maquillée, pas brushée, sans les épaules couvertes, les gens vont se questionner… De la même manière, Anne Rigail – Directrice général d’Air France, qui s’est fait interpellée à 25 ans au sujet de sa tenue professionnelle qui devait davantage s’apparenter à celle d’une patronne.

Il y a donc une vraie différence quant à la tenue de manière générale selon les générations. On rencontre la femme de 20 ans, startuppeuse et libre grâce aux générations précédentes qui ont cassé certaines mœurs. Et d’autres femmes d’un âge plus avancé qui ont dû se déguiser en homme pour faire leurs preuves. 

Quelles sont les femmes qui t’ont marqué ?

Elodie Andriot : J’ai été terrifiée par Catherine Macgregor, mais dans le bon sens du terme. Au début de “Patronnes”, c’était la n°1 des leaders. Puis d’autres sont arrivées au sein du CAC40. Quand j’ai réalisé son entretien, j’étais surprise de voir qu’elle se présentait seule. Elle m’a vraiment impressionné par sa prestance, en rentrant directement dans le vif de sujet avec une efficacité surprenante. Son franc parlé m’a vraiment marqué et à ce moment-là je souhaitais que tout le monde la connaisse, aussi bien les étudiantes en école d’ingénieur que les lycéennes en scientifique. Catherine a voulu casser les préjugés et, pendant que ses camarades étaient mises de côté de manière faussement bienveillante car elles souhaitaient fonder une famille, elle a décidé d’aller sur ces plateformes pétrolières où une majorité d’hommes travaillaient, c’était la seule femme.

Je me dois également de parler de Charlotte de Villemorin, une femme entrepreneure des plus courageuses en chaise roulante depuis la naissance, qui a fondé sa boite parce qu’elle n’avait pas le choix. 1 job sur 2 n’avait pas d’accessibilité, elle ne pouvait donc pas avoir le job à cause de cette raison. Et donc sur 12 millions de Français en situation de handicap, la question de la parité était même secondaire lors de cet entretien. Je me suis vraiment remise en question.

Propos recueillis par Véronique Forge-Karibian, fondatrice de Business O Féminin



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