Après 25 ans dans la finance et l’assurance entre Londres, Barclays, J.P. Morgan et AXA, Anne Vigouroux a choisi une autre voie : celle de l’accompagnement. Devenue hypnothérapeute clinique et spécialiste EMDR, elle a fondé Renaissance Executives pour aider dirigeants et entrepreneurs, ses « business athletes », à conjuguer haute performance et équilibre durable.
Leadership au féminin, pouvoir du dialogue intérieur, philosophie du « va-va-voom »… elle nous livre une vision incarnée du succès, loin de l’épuisement professionnel qu’elle a trop souvent vu de près.
Parcours international : Vous avez construit une carrière de plus de 25 ans entre Londres, l’Europe et l’international dans des secteurs exigeants comme la banque et la finance. Qu’est-ce qui vous a poussée à quitter Marseille pour Londres à ce moment-clé de votre carrière, et comment cette expérience a-t-elle transformé votre vision du leadership ?
Anne Vigouroux : Je suis née à Marseille et, quand on vit avec la mer en face de soi, on a forcément envie d’explorer ce qu’il y a plus loin. Mes études en école de commerce m’ont conduite à Londres pour un MBA. Ce fut probablement l’année académique la plus intense de ma vie où ma capacité à faire des micro-siestes m’a carrément sauvée. Mais elle m’a aussi ouvert les portes de la capitale mondiale de la finance.
J’ai ensuite eu la chance de travailler chez Barclays pendant huit ans, où j’ai découvert le pragmatisme et la souplesse anglo-saxonne, puis chez J.P. Morgan, où j’ai été confrontée à une exigence du leadership beaucoup plus américaine. Enfin, AXA m’a apporté une autre dimension, avec sa capacité à se projeter dans le futur et une vraie culture de bienveillance sociale.
Ces expériences m’ont appris qu’il n’existe pas un modèle unique de leadership. J’ai pris de chacune ce qui me semblait juste, laissé le reste, et surtout appris à construire mon propre style.
Sur le leadership féminin dans des secteurs masculins : Vous avez évolué chez Barclays, J.P. Morgan et AXA, des institutions historiquement très masculines. Quels ont été vos plus grands défis pour vous imposer dans ces environnements, et quels conseils donneriez-vous aux femmes qui souhaitent progresser dans des secteurs similaires ?
Anne Vigouroux : Cette question me fait réfléchir à la notion même de genre. Je suis passionnée par la parité, mais je crois que ce qui peut parfois freiner les femmes. C’est justement de se définir comme “femme” et d’endorser par cet état d’esprit, toutes les injonctions que la société leur a transmises sur ce qu’elles devraient être ou ne pas être.
“On ne nait pas femme, on le devient” de Simone de Beauvoir est précisément ce qu’il faut combattre en restant “soi”. C’est un aspect sur lequel je travaille constamment. J’admire aussi beaucoup les jeunes generations qui affirmant leur parité avec une plus grande assurance. Cela m’inspire!
Pour être honnête, je ne me suis jamais vraiment sentie « fille ». J’ai grandi dans un environnement très mixte et le sport de compétition m’a appris très tôt la persévérance, la discipline et la combativité. C’est en entrant dans le monde professionnel que j’ai découvert quele regard porté sur moi pouvait changer et inconsciemment me dévaloriser.
Le mot qui compte pour moi est donc perception. Mon conseil : choisir consciemment la façon dont on souhaite être perçue et, surtout, la personne que l’on souhaite devenir. Cela passe par l’expertise, bien sûr, mais aussi par la confiance en soi, l’énergie que l’on dégage et le dialogue intérieur que l’on entretient avec soi-même. La majorité de notre impact vient de l’énergie que l’on dégage lors d’une interaction.
Je crois profondément au pouvoir de la visualisation et des petits rituels quotidiens. Se regarder dans le miroir et se dire « je suis hyper capable », « je mérite toute ma place »… et même « Je suis irrésistible », ce n’est pas de la naïveté. C’est une façon de travailler son mental comme on travaille un muscle. Essayez quelques jours et notez la différence !
Sur la transition professionnelle : Comment avez-vous fait le lien entre votre expérience de Global Head of Marketing chez Charles Taylor et votre transition vers l’accompagnement des dirigeants et entrepreneurs ? Qu’est-ce qui a déclenché cette évolution ?
Anne Vigouroux : Si le marketing est ma passion, l’accompagnement ultra-personnalisé est devenu ma vocation.
Il existe d’ailleurs un parallèle assez évident entre les deux. Le marketing repose beaucoup sur la psychologie : comprendre ce qui motive, identifier les leviers qui permettent d’avancer et accompagner une personne vers un objectif. L’hypnothérapie travaille, elle aussi, sur ces mécanismes, mais de manière beaucoup plus profonde et personnelle.
Après plus de 25 ans dans des environnements extrêmement exigeants, notamment dans la finance et l’assurance, j’ai aussi été témoin des conséquences parfois dramatiques d’une pression professionnelle permanente : épuisement, addictions, agressivité, burn-out… J’ai vu des carrières brillantes se construire au prix d’un équilibre personnel parfois très fragile.
Cela m’a progressivement amenée à me demander : peut-on réellement parler de réussite si elle se fait au détriment de soi ?
J’ai alors choisi de me former professionnellement à l’hypnothérapie clinique et à l’EMDR, avec une volonté très simple : aider les personnes à retrouver des ressources qu’elles ont parfois perdues de vue.
Et puis j’ai voulu pousser plus loin, en associant un travail profond sur le corps qui est notre meilleur allié. Avec mon équipe de coach sportifs, tous sélectionnés sur le volet pour leur compréhension du monde de l’entreprise et leur profonde bienveillance, nous accompagnons nos clients, nos “business athletes”, pour leur permettre de redevenir pleinement la championne ou le champion de leur propre histoire.
Sur l’engagement communautaire : Vous êtes très investie auprès de la communauté française au Royaume-Uni depuis plus de 20 ans, en tant que Conseillère des Français de l’Étranger. Comment conciliez-vous ces responsabilités associatives avec une carrière aussi exigeante au plus haut niveau ?
Anne Vigouroux : Chaque rencontre, chaque interaction apporte de nouvelles idées et de nouvelles perspectives. Et surtout, toutes ces activités ont un point commun : elles sont tournées vers les autres. Je crois profondément que la plus belle énergie que l’on reçoit est celle que l’on donne.
Il existe aussi beaucoup de synergies entre mes différentes activités. Mon expérience en marketing me permet, par exemple, de mieux communiquer auprès des Français de l’étranger et de leur rendre l’information plus accessible. À l’inverse, mon engagement associatif m’a appris énormément sur l’écoute, les besoins des autres et la diversité des parcours.
L’hypnothérapie s’inscrit également dans cette logique : comprendre l’autre, l’écouter véritablement et l’aider à mobiliser ses propres ressources. Le patient est le pilote, l’hypnothérapeute le co-pilote, et ensemble nous prenons les bonnes routes pour arriver à la destination désirée.
Je ne cherche donc pas forcément à compartimenter ma vie. Au contraire, j’aime faire dialoguer mes différentes expériences.
Sur la formation en hypnothérapie et EMDR : Vous vous êtes formée en hypnothérapie clinique et EMDR pour accompagner les « business athletes ». Qu’est-ce qui vous a motivée à vous approprier ces disciplines, et comment les appliquez-vous concrètement dans votre approche ?
Anne Vigouroux : Mon oncle était psychiatre et psychanalyste. J’ai donc grandi avec cette fascination pour le cerveau, pour ce qui se passe à l’intérieur de nous et pour les capacités extraordinaires que nous possédons sans toujours savoir les mobiliser.
J’ai moi-même eu recours à l’hypnothérapie pour travailler sur une croyance limitante. Le résultat a été suffisamment puissant pour me donner envie de comprendre ce qui s’était réellement passé.
Puis, au cours de mes 25 années de carrière, j’ai été confrontée à la pression à laquelle sont soumis de nombreux dirigeants. J’ai notamment connu deux personnes de mon environnement professionnel qui ont mis fin à leurs jours sous la pression du travail. Cela m’a profondément marquée.C’est cette envie d’aider et d’accompagner qui m’a conduite à me former en hypnothérapie clinique puis en EMDR.
Ce qui me fascine, c’est notre capacité de transformation. Notre cerveau possède une extraordinaire plasticité : nous ne sommes pas condamnés à rester enfermés dans les mêmes schémas de pensée ou les mêmes comportements.
Je crois aussi beaucoup au pouvoir des mots que nous nous adressons à nous-mêmes. Nous passons notre vie à nous parler. Alors autant apprendre à le faire avec davantage de force, de bienveillance et de confiance.
Changer son dialogue intérieur peut être le premier pas vers une autre façon de se voir… et donc de vivre. Il y a une multitude de techniques qui peuvent être utilisées.
Sur votre philosophie du leadership : Vous parlez du pouvoir de l’énergie humaine et de votre célèbre « va-va-voom ». Peut-on développer cette énergie, ou est-ce un don inné ? Comment l’enseignez-vous à ceux que vous accompagnez ?
Anne Vigouroux : L’énergie se crée, se cultive et se gère ! Nous avons tous des hauts et des bas. L’objectif n’est surtout pas d’être constamment positif ou performant. Il faut savoir écouter ses émotions, les accueillir, mais aussi apprendre à prendre du recul et à remettre les choses en perspective pour continuer à avancer.
Je cultive moi-même mon énergie avec une méditation matinale d’une vingtaine de minutes, structurée autour de 4 étapes :
- gratitude,
- pardon,
- visualisation
- et planification.
J’enchaine ensuite avec 30 à 45 minutes de sport. Après cela, je suis prête pour affronter ma journée.
La visualisation est particulièrement puissante. Je crois beaucoup au fait de donner à son cerveau une direction très claire : imaginer ce que l’on souhaite réellement, avec suffisamment de précision pour ensuite commencer à aligner ses décisions et ses actions.
Le cerveau est un formidable chef de chantier : si on lui donne des plans clairs, il peut commencer à construire.
Mais le « va-va-voom », ce n’est pas seulement de l’énergie positive. C’est aussi de la présence, de la confiance, de la capacité à rebondir et à transmettre quelque chose aux autres. L’enfer c’est les autres… et le Paradis aussi.
Et surtout, ce n’est pas réservé à quelques personnes naturellement charismatiques. Cela se travaille. Avec des habitudes, de la conscience de soi et de petites actions répétées, chacun peut apprendre à devenir davantage la personne qu’il souhaite être.
Sur l’équilibre et la durabilité : Renaissance Executives met l’accent sur la préparationmentale, l’équilibre physique et la performance durable. Pourquoi la durabilité est-elle devenue centrale dans votre vision du succès professionnel, et comment avez-vous vous- même trouvé cet équilibre ?
Anne Vigouroux : L’une des grandes qualités des champions, et plus largement des personnes qui réussissent dans la durée, c’est la persévérance.
Dans des vies multiples et souvent très intenses, nous rencontrons tous des obstacles. La question n’est donc pas de savoir comment les éviter, mais comment développer les ressources internes qui permettent de continuer, ou parfois de pivoter avec intelligence.
Pour cela, il faut prendre soin de soi dans toutes ses dimensions. Le corps et l’esprit ne sont pas deux mondes séparés : ils fonctionnent ensemble et s’influencent en permanence.
J’ai moi-même traversé des périodes difficiles dont je suis sortie, notamment grâce à la méditation, à la spiritualité et au sport qui fait partie de ma vie depuis toujours. Cela m’a appris que l’équilibre n’est pas un état que l’on atteint une fois pour toutes : c’est quelque chose que l’on entretient.
C’est précisément cette conviction qui a donné naissance à Renaissance, que j’ai conçu comme un accompagnement très personnalisé des « athlètes du monde des affaires ».
Nous avons développé un processus unique et spécifique : the Integrated Balance Approach, qui associe hypnothérapie et coaching sportif adapté au sein d’un même parcours totalement intégré. Aucune pratique ne travaille comme nous.
C’est finalement une philosophie très ancienne : mens sana in corpore sano. Avec Renaissance, nous avons simplement voulu en faire une approche moderne, méthodique et profondément personnalisée.