Accident traumatisant à 20 ans, huit opérations, menace d’amputation – et pourtant. C’est de cette épreuve qu’Anne-Charlotte Vuccino, diplômée d’HEC et ex-consultante en stratégie, a tiré la conviction qui allait tout changer : le corps n’est pas un outil, c’est notre base de performance.
Dix ans après avoir fondé Yogist – Well At Work, elle publie La Méthode Yogist – pour soulager les maux des écrans (Ed. Solar), un guide pratique pour travailler mieux, sans s’abîmer – en quelques minutes, habillé, et au bureau. Rencontre avec une pionnière du bien-être professionnel.
De l’accident au bureau : comment est née la méthode YOGIST pour le bien-être au travail ?
Anne-Charlotte Vuccino : À 20 ans, étudiante à HEC, lors d’une mission humanitaire au Bénin que je dirigeais, j’ai été victime d’un accident très grave. Huit opérations de la jambe droite, des mois d’immobilisation, et la menace réelle d’une amputation. À cet âge-là, on ne pense pas au corps – on pense qu’il suivra toujours, qu’on est invincible.
Cette épreuve m’a appris l’inverse : le corps n’est pas un outil, c’est notre base de vie, de décision et d’énergie. S’il ne marche plus, au propre comme au figuré, plus rien ne suit.
Des années plus tard, devenue consultante en stratégie, j’ai découvert le yoga grâce à une collègue de travail qui m’a initié et m’a offert une boîte à outils incroyable pour me rééduquer. Plus efficace que ce que je faisais tous les jours avec mon kiné. J’ai repris le contrôle de mon corps et retrouvé une vie quasi normale, malgré mon handicap grâce à cette discipline millénaire qui n’est rien de plus qu’une hygiène de vie basée sur le mouvement et la respiration.
Chez mes clients, leaders de grandes entreprises, je voyais des professionnels brillants s’épuiser physiquement et mentalement. J’ai compris que ce que j’avais vécu à titre personnel pouvait être utile à une autre échelle dans les organisations, notamment via une approche structurée du bien-être au travail avec la méthode Yogist.
Yogist est donc né de cette conviction et de cette expérience : prendre soin du corps n’est pas un luxe, c’est une compétence professionnelle indispensable à la performance et au travail tout simplement.
Dix ans après la création de Yogist : qu’avez-vous appris aujourd’hui que vous ne saviez pas en écrivant le premier livre ?
Anne-Charlotte Vuccino : J’ai appris que le problème n’était pas le stress… mais l’absence de récupération. Pendant longtemps, on a pensé que la performance reposait sur la résistance. Aujourd’hui, on comprend qu’elle repose sur la régénération. Et que ça peut passer par des micro-pauses de 2 min entre chaque réunions en visio par exemple. De micro-rituels qui changent beaucoup.
J’ai aussi appris que les collaborateurs ne manquent pas de motivation pour prendre soin d’eux : ils manquent de formats compatibles avec leur réalité. Et d’arguments pour convaincre leurs managers ou leurs RH. C’est pour cela que la méthode Yogist tient en quelques minutes, habillé, et au bureau.
Enfin, j’ai compris que ma mission avait évolué : Au départ, je voulais soulager des tensions physiques. En réalité, c’est la santé mentale qu’on améliore. Aujourd’hui, je contribue à réinventer une manière de travailler sans s’abîmer, on forme les managers à prendre soin d’eux pour mieux gérer leurs équipes, en diffusant une culture durable du bien-être au travail grâce à la méthode Yogist.
Ce n’est pas le mobilier le problème, mais le mindset, la culture d’entreprise qui ne l’autorise pas encore. On fait du « change management« , comme on dit dans le conseil en stratégie.
« Reconnectez-vous, pas à la 4G, mais à votre corps » : pourquoi ce positionnement très différent du discours ambiant sur la détox digitale ?
Anne-Charlotte Vuccino : Parce que les écrans ne sont pas le problème. Ils sont devenus notre environnement, incontournables, et nous permettent d’accomplir tellement de choses !
Dire aux professionnels de “déconnecter” est irréaliste. En revanche, leur apprendre à rester connectés à eux-mêmes pendant qu’ils travaillent est transformateur et booster d’efficacité. Et c’est tout l’objectif de la méthode Yogist, pour le bien-être au travail.
Ce que je propose, ce n’est pas une détox digitale. C’est une reconnexion corporelle dans un monde numérique. On peut être performant, connecté, créatif et en bonne santé – à condition d’apprendre à faire des micro-pauses intelligentes, à adapter la manière dont on gère notre corps et notre cerveau pendant notre journée de travail … et pas une fois qu’on est rentre chez soi. Plus de mouvement dans le corps, c’est plus de calme et d’immobilité dans l’esprit. Toutes les recherches en neurosciences et sur la lutte contre la sédentarité le confirment.
Envie de vivre la méthode Yogist en vrai ?
Yogist organise « Ma Journée Well At Work« , une journée immersive pour apprendre à travailler mieux, sans s’abîmer – avec des outils concrets à intégrer dès le lendemain. En partenariat avec Business O Féminin, bénéficiez de 30 % de réduction avec le code promo : POWHER30
3 minutes chrono, sans tapis, sans jargon : quelle technique recommander à une salariée ou dirigeante sceptique ?
Anne-Charlotte Vuccino : Je lui proposerais d’oublier que cette méthode s’appelle Yogist et de se concentrer sur le « Well at Work », d’abord. Car il y a encore tant de préjugés et de clichés !
Ensuite, je lui demanderais où elle a mal, là, maintenant, tout de suite : il y a toujours une tension qui nous pourrit la vie au quotidien, que ce soit dans le cou, le dos, une fatigue oculaire… Et je piocherai dans le livre ou notre coffret de cartes Well At Work la technique qui correspond à son besoin et qu’elle peut faire là, maintenant, tout de suite, sur sa chaise et en tenue de travail. En plus, elles ont des noms rigolos que l’on retient facilement : le chat et la vache pour détendre le dos, le rugbyman pour soulager une tension cervicale, le lavomatic pour les yeux…
Et si par hasard incroyable, elle n’a mal nulle part, je lui proposerai de faire la respiration carrée pour retrouver une clarté mentale et une concentration parfaite avant sa prochaine réunion, car il y a de très fortes chances qu’elle soit en multitasking permanent et que cela consume son énergie à petit feu : inspirer 4 secondes par le nez, retenir sa respiration avec les poumons pleins pendant quatre secondes, expirer par le nez pendant quatre secondes, et retenir sa respiration, les poumons vides, pendant quatre secondes. À refaire quatre fois.
C’est discret, scientifique, efficace en 2 minutes. Ce n’est pas “faire du yoga”. C’est reprendre le contrôle de son système nerveux au travail.
Vous proposez dans le livre des profils de « connectés » : la professionnelle débordée, l’insomniaque aux écrans, la télétravailleuse… Lequel rencontrez-vous le plus souvent chez les femmes en entreprise ?
Anne-Charlotte Vuccino : Très souvent, la professionnelle débordée qui gère tout – travail, équipe, famille, charge mentale invisible – sans jamais s’accorder de temps de récupération.
Ce que change la méthode Yogist pour elles est très concret : moins de douleurs cervicales, moins de fatigue cognitive, un meilleur sommeil, et surtout la sensation de reprendre de l’espace intérieur dans des journées saturées En quelques minutes par jour, elles retrouvent une marge de manœuvre.
La journée de travail commence souvent en ouvrant directement ses mails ou ses notifications. Quels exercices intégrer dès le matin avant d’allumer son écran ?
Anne-Charlotte Vuccino : Trois gestes très simples :
- Un exercice pour les yeux : ce sont nos logiciels de lecture internes ! Si l’on en prend pas soin, comme avec l’exercice de l’horloge ou le lavomatic, par exemple, impossible de travailler à l’ère du digital ! La vue se brouille, on a des migraines et l’on a tôt fait de ressembler à un lapin myxomateux.
- Un mouvement pour réveiller le corps : le chat et la vache par exemple, qui assouplit la colonne vertébrale pour bien respirer et ne pas démarrer la journée voûtée.
- Puis un exercice pour se booster avec la respiration : le YES qui stimule le système nerveux sympathique. Pas besoin de café !
La qualité d’une journée se joue souvent dans ses trois premières minutes.
Les troubles anxieux et la fatigue émotionnelle explosent chez les managers, toutes générations confondues. Quels gestes simples recommandez-vous aux managers pour préserver leur santé mentale ?
Anne-Charlotte Vuccino : Les managers sont aujourd’hui exposés à une charge cognitive et émotionnelle énorme. Je leur recommande trois réflexes essentiels :
- Faire une micro-pause toutes les 60 minutes
- Relâcher volontairement les épaules plusieurs fois par jour et respirer lentement avant chaque décision importante
- Proposer à leur équipe que ces pauses actives deviennent des rituels collectifs.
Manager, c’est prendre soin de soi pour mieux prendre soin des autres au travail. Ce sont des gestes minuscules… mais cumulés, ils changent profondément la résistance au stress.
La santé mentale ne se protège pas seulement en vacances. Elle se protège entre deux réunions.
Le stress fait partie intégrante du quotidien du manager hyperconnecté. Quels outils Yogist pour désamorcer le stress rapidement dans une journée tendue ?
Anne-Charlotte Vuccino : Le coffret de cartes YOGIST : toutes les techniques à garder sur votre bureau et à dégainer à chaque pic de stress, à échanger avec les collègues …
Le garde du corps digital YOGIST.io qui nous rappelle de faire une pause entre deux meetings, au bout de 3 heures passées assis, et nous guide en fonction de nos tensions et du niveau de discrétion souhaité (quel ‘on soit dans l’open space ou en télétravail).
Et puis, vous former pour vous même et pour enseigner ces techniques aux autres, c’est le cadeau que vous pouvez vous faire avec la Well At Work Academie.
Un seul geste Yogist pour transformer son rapport aux écrans dès aujourd’hui ?
Anne-Charlotte Vuccino : Une règle très simple : une minute de respiration lente avant chaque grande transition de la journée – avant d’ouvrir ses mails, avant une réunion ou avant de rentrer chez soi.
Une minute suffit pour éviter d’accumuler la tension. C’est probablement le geste le plus rentable que je connaisse : il ne prend presque pas de temps, et il change profondément la manière de travailler… et de vivre.