Suivi thérapeutique : pourquoi en parler n’est plus un tabou

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Consulter un psychologue, suivre une thérapie, prendre soin de sa santé mentale : le sujet n’a jamais été aussi présent dans le débat public. Grande cause nationale, campagnes de sensibilisation, prise de parole de personnalités publiques… la parole semble s’être libérée. Mais entre le discours ambiant et ce qui se passe réellement au bureau ou en famille, l’écart reste parfois important. Voici où en est vraiment la déstigmatisation du suivi thérapeutique en France.

Une libération de la parole portée au plus haut niveau

Le mouvement est réel et institutionnel. La santé mentale a été désignée grande cause nationale pour 2025 et 2026 par le gouvernement français, avec pour objectif explicite de « libérer la parole » et de « décomplexer les conversations » sur le sujet. Un choix qui répond à une réalité massive : selon Santé publique France, 13 millions de Français présentent un trouble psychique chaque année, et environ 3 millions vivent avec un trouble psychique sévère.

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Cette visibilité nouvelle a un effet mesurable : le recours aux professionnels de santé mentale a progressé en France depuis 2021, et le sujet occupe une place croissante dans les médias, les entreprises et les réseaux sociaux. Sur le papier, la trajectoire est claire : on parle plus, on consulte plus, la honte recule.

Mais la réalité du quotidien reste plus contrastée

Pourtant, une enquête Moka.Care menée en 2026 auprès de salariés français vient nuancer sérieusement ce récit linéaire. Loin de confirmer une libération continue de la parole, l’étude observe un raidissement des préjugés sur l’année écoulée : la part des salariés qui associent le suivi thérapeutique à un « échec personnel » a progressé de 12 points, à 29%. Ceux qui estiment que les troubles psychologiques sont « un signe de faiblesse » ont grimpé de 10 points, à 32%. Et 54% des salariés considèrent désormais que la santé mentale « doit rester privée« . Une opinion en hausse de 5 points.

Conséquence directe : seuls 43% des salariés concernés par un trouble diagnostiqué en informent leur employeur, alors que 85% d’entre eux attendent pourtant de leur entreprise qu’elle mette en place des mesures de protection. Un décalage que Pierre-Étienne Bidon, cofondateur de Moka.Care, résume ainsi : la résurgence de ce tabou est préoccupante, et le travail de déstigmatisation doit se poursuivre à tous les niveaux, pas seulement dans le discours public.

Autre chiffre qui interroge : selon un sondage Odoxa relayé par le gouvernement lui-même, 70% des Français considèrent encore la santé mentale comme un sujet tabou. Et ce chiffre grimpe à 84% chez les personnes directement concernées par un trouble.

Comment expliquer ce paradoxe

Ces deux réalités ne sont pas contradictoires, elles décrivent deux niveaux différents. Il est aujourd’hui plus acceptable de parler de santé mentale en général – dans un post LinkedIn, une conversation entre amies, un article de presse. Mais admettre pour soi-même, auprès de son manager ou de ses collègues, que l’on suit une thérapie ou que l’on traverse une période difficile reste une démarche bien plus exposée, notamment dans un contexte professionnel où la performance et la disponibilité restent (souvent implicitement) valorisées.

Autrement dit : le tabou ne porte plus tant sur le sujet lui-même que sur l’aveu personnel. On peut débattre de santé mentale collectivement sans que cela facilite, individuellement, le fait de lever la main et de dire « j’ai besoin d’aide » – surtout quand cet aveu pourrait, à tort ou à raison, être perçu comme un frein à l’évolution de carrière.

Ce que la thérapie apporte concrètement

Si la déstigmatisation reste un chantier inachevé, l’efficacité du suivi thérapeutique, elle, est solidement documentée. Selon une synthèse de recherches relayée par Planète Santé, toutes approches confondues, une psychothérapie suivie sur un an affiche une taille d’effet moyenne de 0,82 – un indicateur qui mesure l’ampleur de l’amélioration obtenue. À titre de comparaison, ce chiffre dépasse largement celui de la pharmacologie de l’arthrite rhumatoïde (0,61) ou des antidépresseurs seuls (0,17 à 0,30). Autrement dit, la psychothérapie fait partie des traitements les plus efficaces de la médecine, toutes disciplines confondues.

Les bénéfices ne se limitent pas à la réduction des symptômes. Selon les critères d’évaluation reconnus par l’Organisation mondiale de la santé et relayés par l’Inserm, l’efficacité d’un suivi thérapeutique s’apprécie aussi à l’aune de l’amélioration de la capacité à tenir ses rôles sociaux et professionnels, et de la qualité de vie globale – la sienne comme celle de son entourage. Une différence de taille avec une approche uniquement médicamenteuse : quand les antidépresseurs agissent sur les symptômes à court terme, l’accompagnement psychologique travaille aussi sur le fonctionnement en profondeur, ce qui réduit le risque de rechute dans la durée.

Concrètement, un suivi régulier permet le plus souvent de mieux identifier ses schémas de pensée et de réaction, de développer des outils concrets pour gérer le stress et les conflits, et de retrouver une capacité de recul sur des situations qui, seules, paraissent insurmontables.

Des effets qui, une fois consolidés, dépassent largement le cadre strictement personnel : ils se répercutent directement sur la qualité des relations professionnelles et sur la capacité à occuper pleinement son poste. Un argument de poids, aussi, pour les entreprises qui hésitent encore à investir dans ces dispositifs.

Un sujet qui concerne particulièrement les femmes

Ce paradoxe touche d’autant plus les femmes que les données montrent qu’elles sont les premières concernées par les troubles psychiques les plus courants. En France, 11% des adultes souffrent de dépression, contre une moyenne de 6% en Europe, et les femmes sont les premières touchées par ce trouble.

Comment avancer, concrètement

Face à ce décalage entre discours et pratique, quelques leviers permettent d’agir à son échelle :

  • Nommer sans se justifier. Parler de son suivi thérapeutique ne nécessite pas d’en détailler les raisons. Une phrase simple : « j’ai un rendez-vous personnel » suffit à poser une limite saine sans s’exposer inutilement.
  • Choisir ses interlocuteurs. Toutes les personnes de son entourage professionnel n’ont pas à être informées. Identifier une ou deux personnes de confiance (un manager bienveillant, un pair, les RH) permet d’être soutenue sans se sentir exposée à l’ensemble de l’équipe.
  • S’appuyer sur les dispositifs existants. De plus en plus d’entreprises proposent des consultations psychologiques prises en charge, parfois de façon anonyme. Se renseigner sur ce qui existe dans son organisation est un premier pas simple et souvent sous-utilisé.
  • Rappeler que la démarche est un signe de force, pas de faiblesse. Consulter, c’est précisément refuser de laisser une difficulté s’aggraver. Le retourner en ces termes, y compris dans sa propre tête, aide à désamorcer une partie de la honte associée à la démarche.
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