Reconversion après 40 ans : Sandrine Gouraud brise les mythes du développement personnel

développement personnel femme 40 ans

Elle a tout quitté à 38 ans : son poste d’assistante de direction, ses certitudes, une vie qui ne lui ressemblait plus. Aujourd’hui à 43 ans, Sandrine Gouraud est coach holistique, auteure de trois livres et voix engagée sur les réseaux sous le pseudo @sandymoioui. Avec Le petit guide de survie dans la jungle du développement personnel, paru aux éditions Guy Trédaniel, elle signe un livre sans filtre sur le changement, la confiance en soi et les pièges d’un secteur qui promet beaucoup… et délivre peu. Une interview aussi honnête que le livre.

On vous connaît sous le pseudo @sandymoioui, mais comment une assistante de direction devient coach holistique et auteure ?

Sandrine Gouraud : En suivant tous les signes qui ont été mis sur son chemin (dépression, licenciement, rupture, conflits, douleurs, drames, rencontres bonnes et mauvaises, etc…) pour qu’elle prenne enfin sa place.

Tout dans ma vie m’a poussé vers là où j’en suis aujourd’hui, j’ai juste suivi à mon rythme en fonction des peurs qui me retenaient, j’ai mis un peu de temps mais c’était le meilleur rythme pour moi.

Dans le livre, vous parlez d’un moment de bascule, le fameux « stop, ça suffit« . Le vôtre, c’était quoi ?

Guide Dev Persot

Sandrine Gouraud : Ce n’est pas un seul moment, c’est une accumulation jusqu’à la goutte d’eau qui fait tout déborder. Et dans cette accumulation il y a eu les décès prématurés de gens qui me disaient toujours qu’ils profiteraient plus tard pour faire ce qu’il aiment. Un plus tard qui n’est jamais arrivé pour eux, et qui m’a poussé à me demander et si moi aussi mon plus tard n’arrivait jamais ? Qu’est-ce que je ferai ?

Le rayon développement personnel est saturé. Qu’est-ce que ce livre apporte que les autres n’apportent pas ?

Sandrine Gouraud : Comme je l’explique dans mon 3e livre, je suis profondément mal à l’aise avec ce genre de questions dans lequel on est censé se valoriser à travers la dévalorisation des autres. Ça me donne l’effet des publicités Carrefour qui disent : « Venez chez nous, on est meilleur que nos concurrents« .

Avec mes ouvrages, j’apporte des pistes et des solutions ancrées dans la réalité de la vraie vie des vraies gens. Sans aucune fausse promesse avec comme phrase de fond le fait que tout est possible si on y croit et si on s’en donne les moyens.

« La jungle du développement personnel« , c’est quoi exactement ?

Sandrine Gouraud : C’est un endroit où on peut trouver des conseils qui se contredisent d’un endroit à l’autre et des promesses d’obtenir une vie de rêve sans faire d’efforts. Promesses qui existent et cartonnent parce que les efforts sont devenus difficiles à fournir.

Beaucoup de femmes se lancent dans une reconversion après 40 ans avec cette petite voix qui dit « c’est trop tard« . Vous leur répondez quoi ?

Sandrine Gouraud : J’ai commencé à travailler sur moi aux alentours de mes 35 ans et j’ai tout quitté à 38 ans. Aujourd’hui à 43 ans, je vis dans le tableau de visualisation que j’avais créé à mes 35 ans. Preuve qu’il n’est jamais trop tard pour changer de route et prendre une sortie. Ce qui pousse quelqu’un à se reconvertir, c’est la sensation de ne plus être à sa place, d’avoir envie et besoin de trouver celle qui est faites pour nous et ça se passe souvent dans cet espèce de milieu de vie, vers 40 ans.

La confiance en soi, c’est LE sujet des entrepreneures. Est-ce qu’on peut vraiment changer ça, ou on apprend juste à faire avec ?

Sandrine Gouraud : On peut vraiment changer ça avec du temps, mais la confiance ce n’est pas de la magie. C’est le fruit de toutes nos expériences et de tout ce qui se passe quand on ose enfin faire quelque chose de différent, ne serait-ce que d’un millimètre. À chaque fois qu’on va oser, même un tout petit peu, on va se rendre compte que la peur diminue pour se transformer de manière inévitable en confiance. Et j’ajouterai ceci : la vie passe vite, que vous ayez confiance en vous ou non. Alors autant essayer de faire la deuxième partie du chemin avec le mode confiance activé.

Vous dites qu’il faut accepter une période d’inconfort pour vraiment changer. C’est pas très vendeur comme promesse, pourquoi être aussi honnête ?

Petit guide de survie dans la jungle du développement personnel - Sandrine Gouraud (Ed. Guy Trédaniel)
Petit guide de survie dans la jungle du développement personnel – Sandrine Gouraud (Ed. Guy Trédaniel)

Sandrine Gouraud : Parce que l’inverse ne fonctionne pas. Les promesses d’une vie de rêve sans effort, ça se vend très bien. Mais ça ne fonctionne pas, et surtout tout le monde le sait. Le changement, ce n’est pas une opération magique. Même les meilleurs « avant-après » ont nécessité beaucoup de choses qu’on ne vous montre pas parce que ça n’intéresse personne : de la démotivation, de la fatigue, des relations qui s’arrêtent parce qu’on ne se comprend plus, des reproches, une perte de sens… MAIS… on n’ouvre pas les nouvelles portes avec les anciennes clés.

Vous consacrez un chapitre entier au syndrome du sauveur. C’est un piège très féminin, comment en sortir sans culpabilité ?

Sandrine Gouraud : En comprenant d’abord que quand vous aidez les gens contre leur volonté ou sans qu’ils le demandent, vous leur retirez la possibilité de marcher avec leurs propres jambes. Toute fonction qu’on n’utilise pas finit par s’atrophier.

Et il faut aussi se dire, en toute honnêteté, que le syndrome du sauveur a une face cachée : consciemment on veut aider, mais inconsciemment on veut se sentir utile, indispensable. Il y a un mécanisme de contrôle qui se met en place pour qu’on reste nécessaire.

Pour en sortir sans culpabilité, je dirais : regardez les faits. Si ça fait des années que vous aidez quelqu’un et que sa situation ne s’est absolument pas améliorée, est-ce que vous l’avez vraiment aidé ? Parfois en arrêtant d’aider certaines personnes, vous leur offrez la possibilité de trouver une meilleure aide. Ou de découvrir qu’elles ont des ressources qu’elles n’avaient jamais eu besoin d’aller chercher parce que vous étiez toujours là. Réinvestissez cette énergie dans vos propres chantiers. Vous en avez probablement une belle liste en attente.

Les « soins de déblocage » à lire à voix haute après chaque chapitre, qu’est-ce que vous dites à la lectrice qui lève un sourcil sceptique ?

Sandrine Gouraud : Je lui dirai juste d’essayer et ensuite de lever (ou pas) son sourcil sceptique. De manière générale, si tout ce que vous avez fait jusqu’ici ne vous a pas aidé à la hauteur de ce que vous auriez souhaité, qu’est ce que vous avez réellement à perdre à vous ouvrir à tout ce qui vous fait lever un sourcil sceptique ? Vous n’avez littéralement rien à perdre puisque vous n’avez rien obtenu avant.

Une femme vous lit en ce moment. Elle est épuisée, elle doute de tout. Vous lui dites quoi ?

Sandrine Gouraud : Je ne lui dis rien du tout parce qu’elle a probablement déjà tout entendu, y compris une tonne de conseils non sollicités. Ou alors je lui dis qu’elle fait déjà de son mieux selon son contexte de vie actuel. Qu’elle peut garder confiance en elle. Qu’elle n’a pas besoin de leçon de morale ou de conseil de quelqu’un qui ne vit pas dans sa vie à elle.

Chaque personne vit ses propres difficultés, et je crois que tout le monde en a marre d’entendre des conseils non personnalisés qui ne pourront pas s’appliquer à notre propre vie. Les femmes sont fatiguées pour de bonnes raisons et elles font de leur mieux.

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