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Julia Néel Biz (Teale) : “Le tabou de la santé mentale en entreprise commence à se briser”

Teale
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Un millennial sur deux a déjà quitté son job pour des problèmes de santé mentale selon une étude publiée par Harvard Business Review. Pourtant, cette thématique demeure tabou dans le monde de l’entreprise, et rares sont les sociétés à s’être penchées – et surtout à avoir innové – sur ce sujet. C’est désormais chose faite avec Teale, une startup française en pleine croissance, cofondée par Julia Néel Biz, qui vise à accompagner les salariés au quotidien à travers une appli très innovante. Interview.

Peut-on dire qu’aujourd’hui encore, dans l’hexagone, la santé mentale au travail, c’est tabou ?

Julia Néel Biz : Oui, mais les choses évoluent. Il est intéressant de souligner qu’au démarrage, les entreprises étaient séduites par notre projet, mais échaudées par le terme “santé mentale”, encore trop associé à la maladie, alors que c’est tout le contraire pour la “santé physique”. Mais ce que l’on peut dire, c’est que l’on assiste à un changement de paradigme en entreprise, notamment grâce à la mise en lumière de ce sujet depuis la crise sanitaire. C’est vraiment une tendance de fond qui s’accélère. Certains pays sont bien entendu plus avancés que nous comme les Etats-Unis ou les pays scandinaves où il est naturel dès le plus jeune âge de parler de son rapport aux émotions. Idem au Brésil. Récemment, une DRH française me disait avoir été surprise par la franchise d’un collaborateur brésilien lui révélant qu’il devait partir tôt du boulot pour aller chez son psy. Cela serait difficilement imaginable en France pour l’heure.

Parler de santé mentale, c’est encore plus compliqué lorsque l’on est dirigeant : c’est ce que vous avez voulu mettre en avant avec votre série de documentaires Untold ? 

J-N : Avec Untold, nous avons voulu briser l’image du super-héros qui doit toujours aller bien, et démontrer à l’inverse qu’il y a une forme de force et courage à accepter sa vulnérabilité. Tout le monde a ses zones de faiblesse. Étonnement, nous avons essuyé peu de refus de la part des dirigeants que nous avions contactés. Nous recevons énormément de messages suite à cette série, et de nombreuses personnes ont souscrit pour voir de nouveaux épisodes. Cela témoigne du désir des gens de voir les sujets traités différemment, de manière authentique et sans tomber dans le pathos. Personnellement, j’ai été particulièrement marquée par la capacité de résilience de nos interviewés.

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Venons-en maintenant à Teale. Comment ce projet est arrivé dans votre vie ?

J-N : J’ai intégré l’ESSEC dans l’idée de devenir entrepreneure, et j’y ai rencontré Nicolas, l’un de mes associés. C’était en 2011. Cependant, à l’époque, je ne me sentais pas encore prête à me lancer. J’ai donc démarré ma carrière de manière classique.  En 2018, j’ai perdu un proche de façon très brutale, et traversé une phase de deuil difficile durant laquelle j’ai constaté que la santé mentale était un sujet complexe, surtout en entreprise. Jusque lors, je n’avais jamais consulté de psy, et j’ai pris la mesure de l’impact positif des thérapies, sans oublier l’apport récent des neurosciences cognitives qui ont fait évoluer les connaissances. En discutant avec mes futurs associés, nous avons commencé à creuser le sujet et avons remarqué qu’il était boudé par le secteur de l’innovation et la technologie. C’est pourtant très paradoxal quand on pense qu’il touche tout le monde, et particulièrement les 25-38 ans qui y sont très sensibles et représentent la plus grande force de travail du pays. Quand on leur demande s’ils attendent que leur employeur se positionne sur le thème de la santé mentale, ils répondent oui à 82%, contre 75% pour le reste de la population.

Concrètement, quelle est votre proposition de valeur avec Teale ?

J-N : Teale est la première plateforme de santé mentale holistique dédiée aux collaborateurs. Elle propose à la fois un accompagnement collectif à l’échelle de l’entreprise, des RH et dirigeants, mais aussi et surtout un accompagnement individuel à travers notre appli. Avec la technologie, nous voulons créer de nouveaux réflexes et permettre à chacun de s’occuper de sa santé mentale de manière personnalisée.

Pour cela, nous avons trois outils. 

-Le premier est un indice de bien-être et de santé mentale que nous avons développé avec notre conseil composé d’experts afin de cartographier la santé mentale de chacun avec des zones de force et faiblesse (confiance en soi, relations interpersonnelles, stress, comportement…).

-Le second pilier est que nous désirons devenir une sorte de Netflix sur selfcare. A ce jour, nous avons plus de 300 contenus, mêlant des cours de psycho éducation par exemple, avec des mises en pratique issues des thérapies cognitivo-comportementales.

-Le troisième pilier est que l’on peut prendre rendez-vous avec un psychologue ou psychothérapeute du réseau. L’objectif étant de rendre ce parcours le plus fluide possible.

Teale propose deux formules aux entreprises. La première est 100% digitale mais intègre aussi les consultations. La seconde offre un accompagnement collectif avec des ateliers et webinaires pensés selon les besoins des collaborateurs grâce à la remontée de la data (ont-ils besoin d’accompagnement sur des spécifiques ?).

Quelles sont les problématiques les plus plébiscitées sur l’appli ?

J-N : Nous avons été étonnés de constater que la confiance en soi et l’affirmation de soi étaient les deux sujets les plus plébiscités. D’un point de vue RH, certains thèmes ressortent beaucoup comme la question de l’équilibre vie pro / vie perso, ou encore le surengagement des collaborateurs. Les entreprises sont particulièrement préoccupées par la hausse de l’absentéisme et la recrudescence des burnout. Les chiffres confirment cette tendance : une récente étude a démontré une hausse de 30% de l’absentéisme sur les premiers mois de l’année 2021. On sait aussi que le burnout est devenu la deuxième cause des arrêts de travail en France liés à une cause psy. 

Malgré l’émergence de la thématique de la santé mentale, a-t-il été difficile de convaincre les investisseurs de vous suivre, et quelles sont vos perspectives ?

J-N : Non, car peu d’entreprises avaient adopté une démarche différenciante dans notre domaine. Nous avons levé 2 millions en mai dernier. C’était une volonté de notre part d’aller très vite afin de rester focus sur notre business. Nous avons été accompagnés par Kima Ventures, ISAI, Evolem et de nombreux business angels. Grâce à cette levée, nous avons accéléré notre développement en investissant beaucoup dans la tech et l’équipe en général. Nous avons doublé nos effectifs et d’ici la fin de l’année, ils devraient encore augmenter de 50%. 

Propos recueillis par Paulina Jonquères d’Oriola

 

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