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Chloé Hermary conjugue le code au féminin avec Ada Tech School

Chloé Hermary
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A 27 ans, Chloé Hermary est la jeune fondatrice d’Ada Tech School, une école de coding ouvertement féministe lancée fin 2019, basée sur la pédagogie Montessori. Une méthodologie unique que l’entrepreneure va accélérer grâce à une belle levée de fonds de 3 millions d’euros. Elle nous livre ici son parcours de vie et ses ambitions.

Rencontre avec Chloé Hermary

En tant que fille, je crois que l’on m’a appris à être bonne élève. Je me souviendrai toujours d’une phrase de mon père lorsque j’étais en CE2 et que j’étais rentrée à la maison en me vantant d’être le clown de la classe. Il m’a répondu : “je ne veux pas que tu sois le clown de la classe, je veux que tu sois la première de la classe”, se souvient Chloé Hermary. En tête de peloton jusqu’à la fin du lycée, la brillante élève à la curiosité chevillée au corps connaît pourtant un premier échec scolaire – particulièrement formateur – lorsqu’elle intègre la prestigieuse classe prépa Stanislas à Paris. Harcelée par ses camarades, acculée par la pression, elle se retrouve en queue de peloton et traverse une période difficile. “J’ai totalement perdu pied. Lorsque j’arrivais devant une copie, j’étais en erreur 404. Le trou noir”, nous confie-t-elle. Pourtant, Chloé persiste et décide de passer les concours sans prétention aucune, en dépit de tout. Et, comme si les “planètes étaient alignées”, elle termine dernière de la liste des admissibles à HEC. “Je crois que cela a été très instructif pour la suite de mon parcours d’entrepreneure. J’ai compris qu’il ne fallait rien lâcher”, analyse-t-elle.

“Je n’avais jamais envisagé d’être entrepreneure”

De cette expérience douloureuse, Chloé Hermary retire l’envie de “créer de la valeur en construisant des chemins épanouissants pour les gens”. Pour accomplir ce souhait, elle se dirige d’abord vers la finance, mais déchante rapidement après seulement 9 mois passés dans un fonds d’investissement. “La création de valeur que j’opérais était purement financière. Je me suis trouvée peu créative, peu intelligente, et j’ai vite perdu confiance en moi. J’ai même pensé être inapte au travail”, lance-t-elle. C’est lors d’une année de césure dans une startup à New-York que la jeune étudiante connaît un premier déclic : “j’ai beaucoup aimé voguer entre l’analytique et l’aspect très opérationnel de la mise en œuvre de la stratégie”. De retour sur les bancs de HEC, Chloé décide donc de rejoindre la section dédiée à l’entrepreneuriat, non pas pour lancer son projet, mais plutôt dans l’espoir de trouver une jeune équipe avec qui s’associer.“Je n’avais jamais envisagé d’être entrepreneure, car je souffrais du syndrome de l’imposteur. Toutefois, comme mon emploi du temps était aménagé, j’ai cofondé une première boîte qui proposait des bilans de compétences aux jeunes afin de les aider dans leur orientation”, explique-t-elle. Une idée impulsée par son expérience en classe prépa, mais également par son ancien petit job de soutien scolaire auprès de jeunes en difficultés alors qu’elle était encore lycéenne. “C’est là que j’ai commencé à bâtir certaines des convictions qui animent aujourd’hui Ada Tech School, à savoir l’importance de la confiance en soi, la prise de recul et la dédramatisation de l’échec”, affirme-t-elle. 

Mini Guide Entrepreneuriat

“J’adore le terme féministe”

C’est en discutant avec une amie professeure que Chloé a finalement l’idée de monter Ada Tech School. A l’origine, l’entrepreneure a une idée simple : “monter une école Montessori pour les plus vieux qui serait vectrice d’inclusion”. Totalement étrangère au monde de l’informatique, elle décide pourtant d’y consacrer son projet, car elle y voit un outil unique de pouvoir et de compréhension du monde. Mais aussi une source d’empowerment exceptionnelle de laquelle les femmes risquaient une nouvelle fois d’être exclues. “Qu’il s’agisse de l’école de commerce ou de la finance, j’ai trouvé ces milieux très teintés de masculinisme, avec le risque que les femmes se mettent dans une posture de défense. Il est absolument indispensable de ne pas reproduire ces mêmes schémas dans la tech, alors que c’est ce secteur qui dessine le monde de demain. Voulons-nous vraiment ne pas être de la partie ?”, nous interroge-t-elle. Dès lors, Chloé Hermary s’empare sans complexe du terme “féministe” qu’elle envisage comme un vecteur de réflexion sur les mécanismes à l’œuvre dans la société, empêchant certaines franges de la population d’accéder au pouvoir. Sans pratiquer une politique de quotas mais simplement en travaillant sa communication et son implication auprès d’associations promouvant le code chez les jeunes filles, son école recense aujourd’hui 70% d’élèves de sexe féminin. “Nous nous sommes d’abord intéressés à la question du genre car en faisant notre benchmark, nous avons observé qu’il s’agissait du problème n°1 pour les recruteurs dans la tech. Mais notre réflexion vaut aussi pour l’orientation sexuelle, l’âge, les milieux sociaux, l’origine raciale ou encore le bagage académique.”, analyse-t-elle.

“L’éducation traditionnelle est incohérente avec l’évolution exponentielle du monde”

Consciente du fossé qui se creuse entre “l’éducation traditionnelle” et “l’évolution exponentielle” du monde, et notamment de la technologie, Chloé Hermary a souhaité mettre en place une pédagogie basée sur l’apprentissage continu et l’acquisition de la pensée critique. Toutefois, Ada Tech School se distingue d’autres établissements alternatifs comme l’École 42 en privilégiant la présence de professeurs pour accompagner les élèves. Sélectionnés sur leur motivation, autonomie, esprit de collaboration et persévérance, les élèves ne sont pas non plus soumis à des tests compétitifs à l’entrée. 

Une fois admis dans l’école, ils travaillent en petits groupes selon le niveau de difficulté choisi, accompagnés par le professeur qui assure une “posture de coach, tout en faisant gagner aux élèves du temps de recherche et d’information, avec toujours cette volonté de les pousser à recommencer même s’ils ont échoué. Au fur et à mesure, les élèves valident leurs compétences via un système de badges inspiré de la méthode Freinet”, explique Chloé. Au terme de deux années d’études (dont une en alternance ou en contrat de professionnalisation), les élèves décrochent un titre RNCP reconnu par le ministère de l’Enseignement supérieur de niveau licence.

Une méthodologie qu’elle entend développer grâce à sa levée de fonds de 3 millions auprès de family office (Babylou étant l’actionnaire stratégique) et de business angels. “Nous allons financer encore davantage de R&D pour affiner la méthodologie, les contenus, la plateforme pédagogique et la formation de nos professeurs”, explique-t-elle. L’objectif est également de dupliquer le campus de Bastille à Nantes, puis par la suite dans toutes les villes ayant un bassin d’emploi attractif dans le milieu de la tech.

Récemment devenue égérie de la marque Ba&sh, Chloé Hermary casse les codes d’un milieu encore teinté de tee-shirts informes (sorry les geeks), empruntant un chemin qu’elle n’aurait jamais imaginé. Mais preuve que les mentalités évoluent, l’entrepreneure nous confie rencontrer de plus en plus de jeunes femmes ayant suivi une formation initiale dans le milieu de la tech. Car non, qu’elles soient en baggy ou en talons, elles doivent aujourd’hui s’emparer de ce qui va constituer le futur des nations !

Paulina Jonquères d’Oriola

 

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