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Caroline Maitrot-Feugeas : à la pointe des Ed Tech

Caroline Maitrot-Feugeas : à la pointe des Ed Tech
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Elle a fait ses armes chez Studyrama avant de cofonder en 2011 Nomad Education, premier hub numérique éducatif français. Grâce à ses applications gratuites, deux millions de collégiens, lycéens et étudiants révisent leurs examens sur leur smartphone. Mais Caroline Maitrot-Feugeas ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Entretien.

Quel a été votre parcours avant de lancer Nomad Education ?

Caroline Maitrot-Feugeas : Diplômée d’une école de commerce, je suis rentrée comme chef de pub au sein du groupe Studyrama, où j’ai gravi les échelons pas à pas. Je suis ainsi passée directrice commerciale, puis directrice générale adjointe. En restant pendant treize ans dans l’entreprise, j’ai acquis une solide expérience du terrain, du management puisque j’encadrais une équipe de 75 personnes, mais aussi du secteur de l’éducation.

J’ai décidé de partir en 2010 parce que dans un coin de ma tête trottaient deux idées. La première : être mon propre patron. Après toutes les opportunités et la confiance que l’on m’avait accordées chez Studyrama, je me sentais assez sereine pour me lancer dans l’entrepreneuriat. Ensuite, j’avais envie d’aller vers le digital. Je voyais des jeunes partout avec des smartphones et je me suis dit qu’il y avait sûrement des choses intelligentes à imaginer à partir de ce constat.

Vous avez su anticiper le virage numérique dans le secteur de l’éducation…

François Firmin, qui a cofondé Studyrama, l’a anticipé et m’a contactée, connaissant entre guillemets mes talents commerciaux. Alors qu’il a plutôt un profil d’éditeur de contenus, il avait besoin de quelqu’un pour prendre en charge la partie business, stratégie. Et nous avons en effet été les premiers à lancer des applications de révisions pour smartphone.

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Etait-ce un avantage d’avoir déjà travaillé ensemble par le passé ?

Beaucoup de belles aventures entrepreneuriales se terminent parce que les gens se fâchent. Sachant que je voulais créer mon entreprise, j’ai acheté des livres pour m’aider à choisir le bon associé. Mon premier réflexe a été de me tourner vers des personnes comme moi. Je suis bavarde, ouverte, parfois fatigante ! François est plus réservé, plus calme, et intervient sur d’autres sujets. Mais je me suis rapidement rendu compte que la complémentarité et le fait de bien se connaître sont une force. Avoir déjà travaillé ensemble, être conscients de nos qualités et limites respectives a représenté un indéniable atout.

En quoi consiste votre offre ?

Nous proposons à tous les jeunes, de la sixième à bac + 5, de bénéficier d’un contenu premium de révisions sur leur smartphone ou leur tablette, entièrement gratuitement. Quel que soit leur niveau scolaire ou social, ils peuvent utiliser nos applications pour s’exercer grâce à des quiz expliqués, des mini-cours, des annales corrigées. Les contenus sont accessibles sans Wifi : ils les téléchargent une fois puis ont la possibilité de s’entraîner partout, seuls ou à plusieurs. Les contenus sont conçus par des professeurs de l’Education nationale dans la matière concernée et actualisés au besoin.

Nos applications permettent notamment de réviser le brevet, le baccalauréat, de préparer les examens de médecine ou de droit, d’accompagner les préparationnaires…

Votre projet comporte une réelle dimension sociale…

Le parascolaire, la vente de livres en librairie et les cours de soutien, engendrent des inégalités car tous les parents n’ont pas les mêmes moyens d’investir dans l’éducation de leurs enfants. Même si ce n’est qu’une petite pierre à l’édifice, nous apportons un contenu gratuit. Le smartphone lui-même se révèle un objet d’égalité sociale. Malgré son coût, aussi bien chez les CSP + que dans les banlieues difficiles, les gens possèdent un smartphone et l’acquièrent de plus en plus jeunes.

Vous misez aussi beaucoup sur l’orientation…

Nous avons élaboré une gamme d’orientation thématique qui s’adresse à des personnes ayant déjà une idée de ce qu’elles veulent faire, que ce soit dans le secteur de la mode, des jeux vidéo, du paramédical ou autres. Nous détaillons les diplômes nécessaires et proposons des estimations de salaire, et surtout des tests de tempérament pour affiner l’orientation vers tel ou tel métier.

Quels sont vos nouveautés et vos plus gros succès ?

Un élève de troisième sur trois utilise “Objectif brevet des collèges”. Idem pour le baccalauréat. Les tests de logique, au programme des concours des écoles de commerce, fonctionnent également très bien, de même que les applications relatives à la PACES (première année commune aux études de santé, ndlr).
Nous avons travaillé sur plusieurs nouvelles applications : “Objectif bac français”, “Repères brevet”, pour aider les collégiens à récolter les points liés à l’apprentissage par cœur de dates et repères en histoire-géographie. Nous avons par ailleurs mis au point un grand test d’orientation destiné aux élèves de la quatrième à bac + 2. Par rapport à ma génération – j’ai 43 ans –, les jeunes se révèlent encore plus sensibles à l’univers professionnel dans lequel ils évoluent. Nous voulons les aider à comprendre qui ils sont pour bien choisir leur orientation. Enfin, nous avons une application centrée sur les bons plans, avec tous les tuyaux pour réussir sa vie étudiante, des aides de l’Etat aux offres des banques en passant par la colocation.

Quel est votre business model ?

Notre service est financé par les 70 écoles partenaires, qui se positionnent sur nos applications pour “caster” leurs futurs étudiants. Pour accéder aux contenus, les jeunes deviennent membres de Nomad Education. Nous leur demandons des informations, et notamment ce qu’ils souhaitent faire par la suite. En complément des salons, les écoles peuvent ainsi faire de la publicité auprès d’un public ciblé. Nous sommes une plateforme de liaison numérique entre les écoles et leurs futurs élèves et nous avons pour ambition de créer la première communauté étudiante francophone.

Justement, quels sont vos objectifs pour les années à venir ?

Notre premier objectif concerne la France. Aujourd’hui, sur les 8 millions de collégiens, lycéens et étudiants que compte l’Hexagone, nous en touchons 2 millions. D’ici trois ans, nous voulons couvrir tous les diplômes afin de permettre à chacun de réviser avec Nomad Education, quelle que soit la filière. Nous allons donc concevoir de nouvelles applications, notamment pour les BTS, les DUT, les licences professionnelles… Ensuite, nous souhaitons nous développer à l’international à raison de trois pays par an, avec l’ambition d’être présents partout où l’on parle français en 2020. Nous commençons par le Sénégal, la Tunisie et le Maroc, où beaucoup d’écoles françaises s’installent, comme l’EM Lyon. Là-bas, le smartphone a encore plus d’intérêt pour les jeunes car il n’y a pas toujours d’ordinateur dans les familles. Mais les parents déploient énormément d’énergie pour que leurs enfants réussissent. Nous visons un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros en 2020.

Vous venez d’achever une levée de fonds…

Nous avons levé des fonds auprès de chefs d’entreprises référents sur le marché de l’éducation et de l’emploi des jeunes diplômés. Nous avons choisi de nous tourner vers des opérationnels parce que c’est aussi une aventure humaine. Entre cette levée et la BPI, nous allons disposer d’environ 800 000 euros. Nous sommes d’ailleurs en pleine phase de recrutement et recherchons des commerciaux, un directeur marketing digital, des développeurs.

Que vous a apporté cette expérience entrepreneuriale ?

En quittant Studyrama, j’ai ressenti une appréhension que je n’aurais plus maintenant. Le digital est un secteur dans l’air du temps que je ne maîtrisais pas forcément, mais j’ai su m’entourer de jeunes qui m’apportent leurs connaissances. J’y ai gagné une compétence et une énergie nouvelles. Ensuite, je pense souvent au patron de Studyrama, pour lequel j’éprouve encore plus de respect aujourd’hui. En France, nous tapons souvent sur les patrons, mais j’invite chacun à prendre le risque, car ce n’est pas si facile. Devoir se battre pour payer ses salariés constitue une vraie responsabilité, un vrai challenge. On passe par des moments de trouille, de désarroi.

Selon moi, les femmes font de très bons chefs d’entreprises. Malheureusement, elles sont trop peu nombreuses. Peut-être ai-je tort, mais je ne fais que peu de reproches à la société sur ce point : j’encourage les femmes à se poser des questions et à oser jouer leur carte. Cette expérience m’a par ailleurs confirmé que j’aime l’esprit d’équipe. Je ne monterai jamais une boîte seule. Encore plus en start-up, chaque élément s’avère capital pour l’entreprise. Nous acceptons tous de tout faire, y compris des tâches que l’on déléguait à nos équipes avant. Je trouve cela génial !

@manondampierre

Crédit photo : StudioFalour

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