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Anna Pugach, son innovation technologique fait parler les matériaux

Touch Sensity
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Rendre les objets et matériaux sensibles aux interactions physiques, c’est ce que permet de faire la technologie innovante proposée par Anna Pugach, co-fondatrice de Touch Sensity. La start-up, incubée à Bordeaux Technowest et lancée fin 2019, a déjà réalisé une levée de fonds de 1M d’euros. Anna Pugach nous en dit plus sur son parcours qui démontre une fois de plus que « la valeur n’attend point le nombre des années ».

Quel a été votre parcours avant de créer Touch Sensity ?

A la base je suis ingénieure électrotechnique. J’ai réalisé un master en France à l’université de Cergy-Pontoise sur les systèmes intelligents et communicants. J’ai poursuivi sur une thèse en robotique et sciences cognitives. J’ai pu y travailler sur le développement d’une peau artificielle pour les robots humanoïdes dans le but de leur donner une sorte de toucher. J’ai ensuite été embauchée à l’Inria à Bordeaux où j’ai pu continuer mes travaux de recherche appliqués à un autre domaine. J’y ai notamment travaillé sur le développement d’un vêtement connecté pour la prévention des troubles musculo-squelettiques.
Lors de mes recherches, j’ai constaté que cette technologie était beaucoup plus polyvalente qu’elle paraissait et j’ai voulu l’appliquer à d’autres domaines que la robotique. J’ai alors eu envie de lancer ma propre entreprise.

Comment est née votre start-up ?

J’ai pu monter Touch Sensity suite à ma rencontre avec le cofondateur Mehdi El Hafed. Il a un profil complémentaire au mien puisqu’il est ingénieur généraliste et qu’il a une expérience dans le commerce en tant que responsable de projets et de responsable commercial grands comptes notamment.
Pendant un an, nous avons regardé si le projet était viable, s’il suscitait un intérêt auprès des industriels en nous rendant dans des salons comme Viva technology, Tech’Day… Nous avons été bien accueillis, la technologie a plu.
Nous avons aussi participé au challenge MediSpace organisé par Airbus Développement et l’avons gagné. Ça nous a incités à créer notre structure. Et puis nous avons reçu le soutien de la région Nouvelle Aquitaine et de BPI France au début de notre activité ce qui nous a permis de faire nos premiers recrutements et d’échanger avec les industriels. Bordeaux Technowest, l’incubateur qui nous accueille, et Airbus développement nous ont également aidés à développer notre réseau professionnel et ont facilité nos discussions avec les industriels aéronautiques.

Votre entreprise s’appuie sur une innovation technologique. En quoi consiste-t-elle exactement ?

Nous travaillons sur une technologie qui permet de transformer tous les matériaux (souples ou solides) en matériaux sensibles et connectés. C’est une technologie qui fait parler les matériaux. Elle permet d’avoir une cartographie du matériau, donc son jumeau numérique en 2 D ou 3D, avec les caractérisations de toutes les interactions physiques et mécaniques que l’on va exercer dessus. On peut par exemple embarquer cette technologie sur une aile d’avion, sur un train ou une voiture, et voir en temps réel sans capteur tous les endommagements (impacts, fissures…), les localiser et savoir si c’est un endommagement mineur ou majeur. Cela permet d’alerter l’équipe de maintenance ou de signaler ce choc.

Mini Guide Entrepreneuriat

Votre étude de marché a mis en évidence neuf secteurs clés pour votre innovation. Quels secteurs avez-vous décidé de viser ?

Aujourd’hui, on s’adresse au domaine aéronautique, spatial, au transport ferroviaire et automobile dans son ensemble à travers la maintenance prédictive, c’est-à-dire le monitoring de structure. C’est l’un des secteurs les plus enclins à accueillir notre technologie. Elle a une vraie plus-value car à l’heure actuelle après un certain nombre d’atterrissage une équipe de maintenance vient sur place pour inspecter à l’œil nu si l’avion a subi un choc. S’il y a un doute, la pièce est soustraite à l’ensemble pour être passée au banc d’essai. Il faut en général une heure pour inspecter 1 m². Avec notre technologie, en quelques instants on a cette estimation pour focaliser la maintenance… 

Vous avez créé Touch Sensity en décembre 2019. Malgré le contexte difficile de la crise sanitaire, vous avez rapidement signé un contrat avec ArianeGroup…

Oui on a pu signer un contrat autour du monitoring de structure aérospatiale pour tout ce qui est détection des impacts. On a profité du confinement pour faire connaître notre technologie auprès des industriels. J’ai eu l’impression qu’ils étaient beaucoup plus ouverts à ce moment-là pour écouter une toute petite start-up et échanger sur leurs besoins.
Nous venons également de signer un contrat avec la SNCF pour surveiller les structures des trains pour faire de la maintenance prédictive.

 

Vous avez également fait une levée de fonds de 1M d’€. A quoi va servir cette somme ?

Ça nous a permis de renforcer l’équipe technique ; nous sommes passés de cinq à neuf personnes. Ça nous permet aussi de stabiliser notre développement et d’avoir un fonds de roulement pour assurer tous les projets avec nos prospects.

Vous êtes présidente et directrice technique de Touch Sensity. C’est encore assez rare d’avoir une femme dans un univers très technologique. Comment l’avez-vous vécu étant plus jeune dans votre scolarité et désormais dans le monde professionnel ?

J’ai toujours été passionnée par les technologies. Dès l’enfance, ça m’intéressait de savoir comment les choses fonctionnent, j’aimais faire des travaux pratiques. Je me suis donc naturellement orientée vers les domaines techniques. Quand j’étais en faculté d’électrotechnique en Ukraine, ça peut paraître étonnant, mais la moitié de ma promotion était composée de femmes. Et même quand j’étais en doctorat dans le domaine robotique en France, il y avait 30-40% de femmes.
Je trouve que dans le milieu scolaire et professionnel technologique, être une femme, c’est toujours challengeant et même stimulant. C’est vrai que ça peut parfois paraître difficile, mais je pense que ce n’est pas un frein pour démontrer nos capacités et nos compétences à innover et réaliser quelque chose de technique, au même niveau que les hommes.

Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui veulent lancer leur entreprise dans la tech ?

Le conseil le plus évident qui me vient, c’est : lancez-vous ! C’est vrai que les femmes peuvent avoir une certaine timidité, une peur de se lancer, de solliciter les autres, de montrer de quoi elles sont capables. Mais c’est important de dépasser cette peur et de se lancer dans la création de sa structure. Ça va apporter une autre vision des choses qui sera très stimulante. Homme ou femme, on subit toujours des critiques et des remarques. Il faut avoir confiance en soi et s’entourer des bonnes personnes car malheureusement on ne peut pas être bon partout. Chercher quelqu’un pour se lancer dans cette aventure, ça apporte un autre  point de vue, des compétences complémentaires aux siennes.

Quels sont vos projets ? 

On continue de se faire connaître auprès des industriels et on réfléchit à une autre levée de fonds. On cherche également trois autres personnes pour rejoindre l’équipe de Touch Sensity. Notre objectif c’est de devenir une PME stable et pérenne et on met tous nos efforts pour avancer dans ce sens. En 2023, on réfléchira probablement à une ouverture à l’international.

Dorothée Blancheton

 

Pour en savoir plus sur Touch Sensity >>

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