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La féminisation progresse dans la filière viti-vinicole

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Sommelières, œnologues, cavistes, viticultrices… sont autant de métiers où les femmes ont bien leur place. Elles sont de plus en plus récompensées lors des concours, se manifestent sur les réseaux sociaux, et occupent des postes reconnus dans un milieu historiquement masculin. Les femmes sortent de l’ombre. Comment s’exprime cette évolution aujourd’hui ? Quelle vision de l’univers du vin les femmes apportent-elles ? Éclairage avec Estelle Touzet, sommelière de renom passée par les plus grands palaces français et désormais entrepreneure qui accompagne les projets autour du vin.

La féminisation progresse dans la filière du vin

Sur la voie de la parité

D’apparence feutré et masculin, le secteur vitivinicole suit la mouvance actuelle, il parvient à se féminiser. « Je vois de plus en plus de jeunes femmes en étude ou sur le marché de la sommellerie en général. C’est une très bonne chose », se réjouit Estelle Touzet qui constate une nette évolution depuis quinze ans. En effet, si la sommelière s’est faite un nom dans ce milieu, elle admet que cela n’a pas toujours été facile et s’est heurtée à une réalité de genre dès sa sortie de formation en 2003. « Un jour on m’a dit que j’avais le profil pour le poste, sauf qu’ils ne prenaient pas de femmes car il fallait charrier les caisses de vin, ce qui pourrait se transformer en arrêt maladie », se souvient Estelle Touzet qui raconte un sentiment d’impuissance. Dans un milieu d’hommes, et malgré la passion du vin, être une femme était un frein.

En accédant à des postes reconnus, son parcours témoigne de la féminisation progressive de cet environnement masculin. En 2006, elle est la deuxième femme à travailler au Crillon en tant que sommelière, puis elle marque de nouveau les esprits en 2015 en devenant la première femme à la tête de la sommellerie d’un restaurant gastronomique, le Ritz.

Mini Guide Leader

Même combat pour Christelle Taret qui, en décembre 2020, est la première femme à obtenir le titre de Maître caviste. « J’ai lancé un club de dégustation pour les femmes, je voulais leur montrer que l’on peut parler du vin autrement que dans le milieu très masculin des sommeliers », explique-t-elle au Point en février dernier.

La place des femmes progresse assurément dans la sphère vitivinicole, même si elle demeure encore disparate et varie selon les métiers. Selon le Ministère de l’agriculture et de l’alimentation, la part des femmes dans les exploitations de viticulture est de 30 %. En 2019, Vin et Société relatait 20 % de sommelières en France et plus de 50 % de femmes promues en œnologie. La filière du vin est également connue pour accueillir plus de femmes dans les métiers relatifs à la formation, la communication ou la commercialisation.

Une question de sensibilité ?

Trop sensibles, pas assez fortes… l’histoire des femmes et du vin ne pourra être réécrite mais laisse place à des jours meilleurs. Pour les expertes de l’arôme et de l’accord parfait, la gent féminine peut transmettre d’autres émotions et apporter sa propre vision. L’ancienne chef de la sommellerie du Ritz reconnait avoir mis du temps à réaliser cette différence de sensibilité : « Je l’ai compris lors d’une dégustation, quand une collaboratrice s’est mise à parler directement de sensations et de textures, et qu’un collaborateur a décrit le même vin d’une façon pragmatique et technique ». Forte de son expérience dans les plus grands palaces parisiens, elle perçoit aussi un côté plus tactile et charnel chez les femmes, « qui leur permet d’identifier plus facilement leur besoin ».

Le vin peut être équilibré, mais la subtilité demeure dans la retranscription de ses arômes et ses sensations. Dans le même sens, Christelle Taret expliquait : « L’essentiel pour moi, c’est : j’aime ou j’aime pas, une approche plus émotionnelle, moins technique que celle des hommes ». Les points de vue de ces spécialistes du vin convergent : en dépit des clichés bien ancrés, les femmes savent apprécier le vin et exprimer les émotions qu’il suscite.

Pour Cassandra Guerrin, en charge des formations chez Degust’Emoi, organisme spécialisé dans le domaine du vin et des spiritueux, l’explication se trouve en partie dans le côté subjectif du vin : « Il n’y a pas de jugement à avoir car les goûts sont différents d’une personne à l’autre, c’est ce qui attire aussi les femmes ».

Solidarité féminine à l’œuvre

Dans cet élan de féminisation, les marques d’entraide et de soutien se multiplient dans le paysage vitivinicole. Associations, réseaux, collectifs, clubs de dégustation… pour les plus novices comme les professionnelles du vin, les initiatives ne manquent pas. Elles illustrent la nécessité de se rassembler, pour les femmes qui se sentent sous-représentées ou esseulées dans un monde traditionnellement masculin.

Sur le plan international, on retrouve notamment « Women Do Wine », à travers l’organisation de tables rondes, de masterclass, un palmarès dédiés aux femmes du vin…. L’association a vocation à regrouper tous les corps de métiers liés au vin et à promouvoir les femmes qui partagent cette passion commune.

Le projet « Worldwine Women » fait aussi écho à ce souhait de rendre visible les femmes dans l’univers du vin. Des enjeux environnementaux aux innovations des vignes, quatre étudiantes partent à la rencontre des vigneronnes du monde pour les mettre en lumière et encourager une perception plus humaniste du secteur. Si tout se passe bien, leur documentaire retraçant leurs découvertes et leur périple devrait voir le jour dans le courant de l’année.

Au plan national, le cercle « Femmes de vin » réunit une dizaine d’associations régionales, dans le but de rassembler les professionnelles du vin et de faire entendre leur voix. Du Rhône à la Loire, de l’Alsace à l’Occitanie, l’association opère depuis plus de 10 ans et constitue un véritable réseau pour toutes les vigneronnes, œnologues, cavistes et autres expertes du monde vitivinicole.

Regain d’intérêt des plus jeunes générations

S’il se féminise progressivement, le secteur du vin se démocratise également auprès des plus jeunes. Du marketing du vin à la sommellerie, du droit de l’œnologie à la viticulture, il attire les nouvelles générations, et les étudiantes répondent largement à l’appel. « Au niveau international cela met un peu plus de temps, mais dans tous les concours liés à la sommellerie en France, on retrouve beaucoup de jeunes femmes sur les podiums », constate Estelle Touzet qui a été jury à plusieurs reprises. L’occasion de rappeler que le concours national du Meilleur Jeune Sommelier de France affiche cette année une majorité féminine parmi les onze demi-finalistes.

En deux ans, Cassandra a fait ce même constat : « J’ai vu une évolution des profils qui viennent se former sur le plan professionnel. Les femmes sont des plus en plus nombreuses, elles représentent environ 40-45 % et ont souvent entre 20 et 30 ans ».

Parfaitement conscientes des enjeux de cette sphère encore mystique, les jeunes femmes s’engagent souvent dans cette voie avec l’objectif d’allier leur nature épicurienne et la promotion des femmes dans ce domaine. Heureux hasard, le 8 mars 2021, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, deux étudiantes ont remporté le concours Tomorrow Wine, organisé par Vinventions. Ce prix, qui vise à récompenser des porteurs de projets autour du vin et valoriser l’innovation marketing dans ce secteur, discerne la première place à leur projet « Viticult’her ». Leur ambition ? Devenir la première marque de vins biologiques exclusivement produits par des vigneronnes.

Oser, persévérer et cultiver sa curiosité, sont les conseils qu’Estelle Touzet adresse à celles qui s’engagent dans cette voie : « Il va falloir frapper à plusieurs portes et ne pas baisser les bras, et il faut avoir conscience que ce milieu sollicite beaucoup de connaissances qu’il faut sans cesse cultiver ». –

Noémie Meulan

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