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Dominique Lévy Saragossi, directrice générale d’IPSOS

Dominique Lévy-Saragossi, directrice générale d'IPSOS
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Etude à l’appui, elle revient sur les freins culturels et sociologiques à l’ambition des femmes en entreprise.

D’après votre étude publiée en Avril 2014, 60% des femmes âgées de 18 à 29 ans ont intégré le fait de devoir mettre leur carrière entre parenthèses dans les années à venir, contre 37% des hommes du même âge. Cela surprend alors que, depuis quelques mois, avec l’action du Ministère des Droits des Femmes, on parle beaucoup de parité, d’égalité salariale, etc…

Dominique Lévy-Saragossi : Il y a la croyance très répandue, vraie ou pas vraie, que ce dont un enfant a besoin, c’est de sa mère. Au cours des débats sur le congé parental, l’idée selon laquelle les hommes avaient mieux à faire que de changer les couches (je cite Valérie Pécresse quand même –Journal des femmes, Juillet 2013) a ressurgi.

Il y a également le fait statistiquement incontournable que dans un couple, en général, le plus petit salaire reste celui de la femme. Cela n’aide pas lorsque l’arbitrage est fait sur des bases matérielles en plus des bases affectives.

Vient ensuite un élément de contexte important : la crise. On observe chez les jeunes gens en général l’affirmation du sentiment qu’il n’y a pas que le travail dans la vie et que l’entreprise est une structure au sein de laquelle il faut parvenir à ménager sa voie sans tout sacrifier. Beaucoup moins de personnes aujourd’hui sont dans l’idée de faire carrière à tout prix.

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Enfin, ce qui m’a le plus frappée dans cette étude est de constater qu’une grande partie des problématiques concernant l’ambition des femmes découle des messages qui leur sont adressés par leur entourage dès l’enfance. Il y a quelque chose qui commence très tôt dans la façon dont la société éduque les filles en leur inculquant qu’avoir de l’ambition n’est pas si féminin que cela finalement. C’est d’ailleurs le nœud du problème.

37% des Français, hommes et femmes confondus, estiment que les garçons ont plus d’ambition que les filles. Lorsqu’on leur propose une promotion, 49% des femmes se demandent si elles sont à la hauteur contre à peine 35% des hommes. A croire que les stéréotypes sont colportés aussi bien par les hommes que par les femmes !

Dominique Lévy-Saragossi : Oui, c’est ce que l’on retrouve tout le temps. D’autant que les femmes managers ne sont pas si nombreuses que cela à donner des exemples. Vous avez quelques femmes maintenant qui vous expliquent se sentir un devoir d’exemplarité, notamment celui de ne pas dire « j’ai un rendez-vous important » lorsqu’elles s’absentent deux heures pour amener un enfant chez le médecin mais de dire « j’emmène mon enfant chez le pédiatre ». Elles pensent ainsi libérer une partie de leurs collaboratrices.

Mais, la plupart des femmes dans des situations de pouvoir aujourd’hui vous racontent comment elles ont fait leur place dans un univers masculin et donc comment elles ont dû en adopter les codes. Une fois en place, se remettre à opter pour des codes féminins afin de donner l’exemple aux générations suivantes, c’est un travail mental qui n’est pas si simple que cela. Les chefs que j’ai connues jeune, qui avaient 60 ans quand j’en avais 30, étaient des caricatures de copies d’hommes. Je pense que les choses s’arrangent un peu aujourd’hui…

Selon votre étude, 33% des femmes estiment les horaires de crèche inadaptés à leur rythme de travail et que cela a eu des conséquences sur l’évolution de leur carrière, contre 19% des hommes. Par ailleurs, une femme sur quatre juge qu’annoncer sa grossesse à son supérieur a eu des répercussions négatives sur son parcours professionnel. Les femmes pâtissent ainsi directement des contraintes liées à leur vie de famille !

Dominique Lévy-Saragossi : Une étude que l’on a réalisée l’année dernière a montré que lorsqu’un enfant est malade par exemple, le père n’est que le troisième recours. En premier vient la mère. Elle va essayer de se débrouiller avec son entourage familial, généralement ses propres parents. Puis après seulement, on dérange le père. Là encore, ce sont des généralités. Vous trouverez plein d’hommes qui vous expliquent prendre une demi-journée, etc. Mais les stéréotypes ont la vie dure : le personnel enseignant dans la petite enfance est essentiellement féminin, ce qui enracine l’idée selon laquelle l’éducation des enfants est une affaire de femmes.

Autre phénomène : quand vous demandez aux gens en couple, « Est-ce que chez vous c’est vous-même, ou votre conjoint qui s’occupe des tâches domestiques ? », les hommes répondent majoritairement « On partage » et les femmes « C’est moi ». Lorsque l’on fait des entretiens de couple en « quali », ce que les hommes appellent « s’occuper des tâches domestiques », c’est décharger leur femme d’un petit nombre de choses assez mineures.

L’idée reste que cela relève de la responsabilité féminine et que l’homme rend service en y prenant part. En France, le modèle dominant (et encore une fois le modèle dominant n’est pas unique) est celui d’une femme qui travaille et qui prend en charge l’essentiel ou la totalité des tâches du foyer. L’idéal de la Française parfaite est une mère qui s’épanouit dans le travail. On est le pays européen où à la fois les taux d’activité des femmes et de natalité sont les plus élevés. Parvenir à combiner ces deux choses est perçu comment étant la forme la plus reconnue de réussite.

Concernant le comportement de la femme en entreprise, lorsque les femmes sont promues, 30% se demandent si elles vont s’en sortir à la maison, et plus d’une sur trois se pose la question de sa légitimité. Là où l’on imagine un homme se dire plus facilement « j’y vais, j’ai le niveau pour ça ! »  

Dominique Lévy-Saragossi : Oui. Une étude américaine d’il y a quelques années montrait qu’un homme accepte une promotion, voire la réclame, quand il a 60% des capacités pour le job… là où les femmes attendent d’avoir plutôt 130% des compétences.

On constate aussi beaucoup à travers les études et la pratique professionnelle que les femmes sont moins demandeuses et que lorsqu’on leur propose d’évoluer, elles ont plus de scrupules à accepter. Quand elles prennent un nouveau poste, leurs demandes tournent d’avantage autour de l’aménagement de vie que des éléments de statut et de salaire. Elles demandent moins car elles ne se sentent pas légitimes et parce qu’on ne les a pas habituées à demander. Même dans le registre amoureux, ce que l’on inculque aux petites filles, c’est d’attendre une demande, qu’on les drague, que le Prince Charmant vienne les chercher. Vous ne pouvez pas fonder toute une éducation sur le registre : « être une femme, c’est quelqu’un que l’on désire » et imaginer que dans le domaine professionnel, très naturellement, elles se transforment en êtres qui expriment du désir.

Ainsi, les hommes, en l’état actuel des choses, n’ont pas tellement besoin de redouter l’ambition féminine. Ils peuvent même s’offrir le luxe de dire : « Mais ce n’est pas que je ne veux pas promouvoir les femmes, c’est que les femmes ne veulent pas être promues. »

Il y a aussi un autre aspect : beaucoup de jeunes femmes considèrent aujourd’hui ne plus avoir besoin d’être féministes. C’est un peu triste ! Elles estiment avoir été élevées comme des garçons, avoir fait les mêmes études qu’eux, avoir les mêmes chances. Puis, une espèce de désenchantement finit toujours par arriver, souvent avec la maternité. Elles se rendent compte que, certes jusque là elles ont été comme des garçons mais tout à coup elle sont comme des femmes et ce n’est pas si simple que cela.

Quel est votre regard sur le cas Jill Abramson, la directrice du New York Times, récemment limogée à qui l’on reprochait notamment son autoritarisme ?

Dominique Lévy-Saragossi : On reproche rarement à un homme son autorité ou d’avoir le courage de mener le changement. C’est pour cela qu’il y a cette campagne soutenue par pas mal de femmes aux Etats-Unis : « I’m not bossy, I’m the boss. » Les patrons de rédactions, a fortiori dans la presse papier, ont à accomplir une mutation lourde à marche forcée. Le faire avec douceur et concertation, je ne sais pas à quel point c’est possible… La déception vient sûrement du fait que beaucoup de gens ont fantasmé que les femmes dirigeraient en douceur et qu’ils se rendent compte qu’elles font cela comme n’importe qui.

Plus largement, en entreprise, une femme qui a de mauvais résultats, la question de savoir si elle est à la hauteur du job se pose de manière extrêmement différente que pour un homme. Autre exemple : une femme qui fait un burn-out est considérée comme étant fragile. On se demande tout de suite « mon Dieu, sa vie familiale et sa situation personnelle auraient-elles quelque chose à voir là-dedans ? » Pour un homme, le même problème est perçu de manière différente.

@clairebauchart

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