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Comment faire le deuil d’un projet et rebondir après un échec professionnel ?

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Vivre un échec est difficile et souvent mal perçu en France. Pourtant, il est important de prendre le temps d’en analyser les causes et d’en tirer des enseignements. Vous pourrez alors faire de cette expérience une valeur ajoutée.

Pas toujours évident de se remettre en selle après avoir passé des mois à monter un projet, à l’avoir défendu bec et ongles et l’avoir porté comme un bébé. Pourtant, il faut aussi en tirer des leçons pour pouvoir rebondir. Sylvain Tillon, entrepreneur et auteur de « 100 conseils pratiques pour couler sa boîte » aux éditions Eyrolles, est passé par là. « Echouer, c’est quelque chose que je n’avais pas envisagé par naïveté. Mais avec mon associé de l’époque, nous avons préféré arrêté l’entreprise avant que la banque ne nous appelle. Ca a été dur d’aller au tribunal, de voir un liquidateur, un commissaire priseur. Du jour au lendemain, la boîte ne vous appartient plus.

J’ai eu la sensation d’être traité comme un voleur alors que j’ai à peine été payé pendant six ans, et que j’ai été ultra honnête. Personne ne peut imaginer l’amour, l’énergie déployée dans ce rêve un peu fou et qui est totalement brisé. J’ai très mal vécu tout ça », se souvient l’entrepreneur. S’ensuivent des remarques désagréables d’anciens camarades de promo, la famille qui ne comprend pas toujours et le départ de sa copine.

Se faire accompagner

Pour relever la tête, il faut passer par trois étapes, selon Julien Cusin, Professeur des Universités à l’IAE Bordeaux, chercheur à l’IRGO et auteur de « Faut-il échouer pour réussir ? Mythe et réalité du retour d’expérience en entreprise » (éd. Du Palio) et de « Comment surmonter un échec professionnel ? Le rôle de l’accompagnant » (éd. EMS Management et Sociétés). Premièrement, il faut prendre le temps d’absorber émotionnellement le choc, puis apprendre de cette expérience malheureuse en se remettant en cause. Enfin, on peut se projeter sur un nouveau projet. « Des associations comme 60 000 rebonds, SOS entrepreneurs, ou bien encore Second Souffle peuvent aider à faire le point et soutenir les entrepreneurs en difficulté. On assiste souvent au schéma 3D pour Dépôt de bilan, Divorce et Dépression. L’un peut entrainer l’autre et engendrer des traumatismes profonds.

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Ces associations sont habituées à voir ces phases de deuil, de déni, de colère et aident à lutter contre l’isolement. La famille, c’est bien pour réconforter mais parfois leur soutien entretient la représentation de victime du chef d’entreprise », analyse Julien Cusin. Mieux vaut donc chercher un accompagnement plus neutre, aller à la rencontre de personnes qui sont passées par là, assister à des conférences, entendre des témoignages pour mieux le vivre. Sylvain Tillon a pris du recul en discutant avec des amis qui avaient eux aussi déposé le bilan. « L’un de mes anciens profs m’a aussi proposé d’intervenir en cours pour faire une analyse de business plan devant ses élèves. Ca m’a fait du bien d’en parler. Eux trouvaient mon business plan intéressant, mais j’ai acquis l’expérience qui me permet de lire entre les lignes pour comprendre ce qui n’a pas marché dans ma boîte », déclare-t-il.

Regagner en confiance

Un autre point l’a aidé : retrouver un travail de salarié. Très rapidement, de grosses entreprises l’ont reçu en entretien d’embauche et engagé. Ca lui a permis de reprendre confiance et de se relancer. Et quand il a été prêt, il a pu compter sur les clients et partenaires d’autrefois qu’il avait pris soin d’épargner de ses déboires. Ils l’ont soutenu dans ses nouvelles aventures entrepreneuriales.
Mais la reprise d’un gros projet, mérite de prendre le temps de tirer des leçons du passé pour éviter de les reproduire. Il ne faut pas se jeter sur un « projet pansement », comme le qualifie Julien Cusin.


Sylvain a pris ce temps. « Ecrire mon livre m’a aidé à comprendre ce qui s’était passé. Il faut avoir du recul, ne pas rejeter la faute sur les autres. Il faut se demander ce que l’on veut vraiment dans la vie, ne plus se mentir sur ce qu’on sait faire ou pas. Par exemple, la comptabilité me prenait un temps fou car je n’aimais pas ça. Maintenant, je sais que je dois déléguer cette partie à un comptable et me concentrer sur ce que je sais faire le mieux. Je referai d’autres erreurs mais pas les mêmes. J’ai vécu un échec dur mais clair. Mais il y en a d’autres plus sournois comme travailler sans se payer et sans avoir le temps de voir ses proches. C’est une autre forme d’échec », souligne Sylvain Tillon.

Donner une bonne image de soi

En France, l’échec est stigmatisé. Davantage que dans d’autres pays où l’on se méfie au contraire des carrières n’ayant jamais connu de bas. Ainsi aux Etats-Unis, par exemple, échouer montre que l’on a été actif, que l’on a pris des risques et c’est positif. Mais lorsque l’estime de soi est entachée, il faut se rappeler que l’on n’est pas un cas isolé. « Il faut garder confiance en soi et se tourner vers les bonnes personnes pour rebondir et renvoyer la meilleure image possible. Un futur employeur ou un banquier va s’inquiéter si on adopte la posture de la victime. Ca ne donne pas une bonne impression.

Avec une collègue de l’IAE, Juliette Passebois-Ducros, nous avons fait une étude auprès de professionnels de la fonction RH avec divers scénarii possibles dans le cadre d’un recrutement suite à une faillite d’entreprise. La personne qui reconnaissait avoir sa part de responsabilité et qui disait avoir appris de cette expérience était la mieux perçue. Il faut faire de cet échec un élément de valorisation », confie Julien Cusin. Ainsi, cet échec fera partie de votre histoire et de ce que vous êtes aujourd’hui. A vous de la transcender pour la voir comme une expérience riche d’apprentissages.

Dorothée Blancheton

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